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lundi 30 mai 2011

Les variétés de cocotier en Polynésie Française

On trouvera ci dessous les informations suivantes:

- Une description du contexte actuel de la cocoteraie de Polynésie Française, et de l'état alarmant de dégradation variétale dans laquelle elle se trouve; et les solutions proposées par les scientifiques pour tenter de limiter la perte de biodiversité.
- Des études particulières sur des sujets spécifiques au cocotier, comme par exemple les îles nées d'un cocotier à Fakarava, la collection abandonnée de Rangiroa, les méthodes de prélèvement foliaires pour réaliser des analyses ADN, et les avancées récentes du projet Polymotu.
- Une bibliographie  reproduisant in extenso les listes variétales établies dans le passé par les divers chercheurs et écrivains s'étant penché sur le sujet.
- Une série d'article décrivant individuellement les divers types variétaux et l'état de la science concernant leur description et  leur sauvegarde. Sont décrites les variétés suivantes:

Les cocotiers nains compacts verts et bruns
Les cocotier nains rouges compacts
Les cocotiers à bourre tendre et/ou sucrée
Les cocotiers produisant un grand nombre de petits fruits
Les cocotiers médicinaux
Les cocotiers à corne
Le cocotier Grand de Tahiti
Le cocotier Grand de Rangiroa
Les cocotiers à grosses noix rondes
Les cocotiers à grosses noix en forme de poire ou d'avocat
Les cocotiers utilisés pour les fibres de la bourre
Les cocotiers à l'amande tendre
Les cocotiers dont les fruits se détachent aisément du régime
Les cocotiers dont l'amande se détache facilement de la coque
Les cocotiers nains à folioles soudées
Quatre variétés de nains ha'ari papua rouges, jaune et vert
Le Grand des îles Rennell
Le Nain vert Brésil
L'Hybride entre le Nain Vert du Brésil et le Grand de Rangiroa
Le Nain Rouge de Malaisie
Le Nain Jaune de Malaisie
Le Nain Jaune de Samoa
Un cocotier produisant des rejets comme un bananier

dimanche 29 mai 2011

Un "trésor national" délaissé et menacé de disparition

Les variétés polynésiennes traditionelles de cocotiers constituent un « trésor national » fortement menacé de disparition.
Depuis les années 1980, des variétés hybrides de cocotiers sont plantées un peu partout dans le monde. Certains de ces hybrides, très productifs, ont été appréciés par les planteurs. En revanche, leur utilisation intensive menace de disparition les variétés traditionnelles de cocotier. Cette problématique est la même pour toutes les plantes cultivées : bien sur, il faut bien sur utiliser les variétés améliorées qui augmentent le rendement et rentabilisent l’exploitation agricole ; mais cette utilisation doit s’accompagner d’un programme de référencement et de conservation des variétés traditionnelles. En effet ces dernières recèlent des « trésors cachés » qu’il faut absolument conserver pour l’avenir : résistance à des maladies, à la sécheresse, ou encore adaptation à des usages particuliers, propriétés médicinales…
Une grave menace pèse sur la culture du cocotier dans le monde. Cette image vient du Ghana, un pays d’Afrique de l’Ouest. Il s’agit d’une cocoteraie attaquée par le jaunissement mortel, maladie due à un mycoplasme, organisme intermédiaire entre virus et bactérie. Cette maladie fait des ravages non seulement en Afrique, mais dans les Antilles et en Amérique. En l’espace de six mois, elle transforme une cocoteraie saine en champ de poteau télégraphique. Au Ghana, un cocotier Grand originaire du Vanuatu et et un cocotier Nain vert du Sri Lanka sont les seules variétés qui résistent à cette maladie. C’est un excellent exemple de collaboration internationale. Il montre comment une variété de la région Pacifique peut être extrêmement utile loin de sa zone d’origine. Heureusement, cette maladie n’existe pas encore en Polynésie Française. Dans le monde, les dégats causés par la maladie du Jaunissement mortel se chiffrent à plusieurs millions de dollars par an ; la solution viendra en partie des variétés traditionelles qui tolérent la maladie. Et si, au Vanuatu et au Sri Lanka, nous n’avions pas conservé ces variétés?
L’importance du cocotier ne se limite pas au seul secteur agricole. Pour l’environnement, la culture et le tourisme, le cocotier fait partie intégrante du mythe et de l’identité de la Polynésie. Dans un contexte de concurrence exacerbée avec les autres destinations touristiques émergentes du Sud, il importe de se démarquer de l’uniformisation croissante des offres. L’image « cocotier, plage et sable blanc » ne suffit plus. Si les cocotiers sont présents dans les paysages polynésiens, leur potentiel culturel reste insuffisamment exploité. Les cocotiers sont actuellement cantonnés à un rôle d'ambiance végétale, alors qu'ils devraient « raconter des histoires » et mieux illustrer les spécificités culturelles polynésiennes. Aux Seychelles, par exemple, des milliers de touristes se déplacent pour aller voir les célèbres « coco fesse ». Pourquoi en Polynésie, les touristes n’iraient ils pas voir les tout aussi surprenants « cocos à corne » qui existent dans les Tuamotu et à Tetiaroa ?
Actuellement, tout le monde en Polynésie se focalise sur le coprah, qui a encore une importance économique. Pourtant il ne faudrait pas que ce cocotier « industriel et capitaliste », qui dure seulement depuis 120 ans, fasse oublier le cocotier culturel, polynésien et traditionel, dont certaines variétés ont été patiemment sélectionnées pendant 1000 à 2000 ans par les anciens polynésiens. En fait, de 1800 à 1930, le nombre de cocotier en Polynésie Française a été multiplié par 40 ou 50. Les gens ont planté absolument partout des cocotiers à coprah, au détriment de la biodiversité et de la végétation endémique. Les variétés traditionelles de cocotier se sont alors diluées dans la masse énorme des cocotiers ne servant que pour le coprah. Certaines variétés ont déjà disparu, d’autres sont menacées de disparition.
Depuis 2006, nous essayons de convaincre la Polynésie Française d’organiser un conservatoire des variétés traditionnelles de cocotier. Il faudrait aux scientifiques environ quatre années de travail pour retrouver les anciennes variétés polynésiennes de cocotier, les décrire, les reproduire et organiser de façon rationnelle leur conservation.

samedi 28 mai 2011

Avancées récentes du projet Polymotu

Le concept Polymotu consiste à utiliser l’isolement géographique de certains sites privilégiés pour conserver et reproduire des variétés de plantes et d’arbres, voire des espèces animales. Au cours des années 2010 et 2011, le concept Polymotu s'est developpé et enrichi. Ces évolutions récentes, qui ouvrent de nouvelles perspectives, se déclinent en quatre principaux points :
1) La possibilité de planter plusieurs variétés de cocotier sur un seul site de conservation. Des semences de ces variétés et leurs hybrides peuvent être produites sur le même site par pollinisation naturelle. La distinction entre semences s’opère en pépinière grâce à des marqueurs phénotypiques comme la couleur du germe. Ceci révolutionne la politique de production de semences. Par exemple en Polynésie Française un seul hybride, d’ailleurs mal accepté, est vulgarisé. L’implémentation de Polymotu permettra la production délocalisée d’une vingtaine d’hybrides en sus des variétés conservées. L’appropriation de ces hybrides par les communautés locales sera facilitée par le voisinage des sites de conservation.
2) Le projet focalise moins sur les îles et s’intègre dans une politique de gestion multifonctionnelle du territoire. Les différents acteurs, tant publics que privés, plantent des cocotiers en permanence ; ces plantations peuvent être orientées afin de mieux prendre en compte la diversité de l’espèce et les critères d’isolation requis pour la conservation. Des sites de conservation très divers sont envisageables : ilots publics ou privés, mais aussi parcs publics et monuments, jardins d’hôtels ou de lieux publics, golfs, plantations d’autres cultures pérennes, fonds de petites vallées. Même certains petits villages dans leur globalité peuvent server de site de conservation si les habitants s’accordent à ne planter qu’un portefeuille variétal précis.
3) Le projet prévoit d’intégrer la diversité variétale dans le tissu culturel. Par exemple, en Polynésie Française, les grandes fêtes incluent déjà des aspects liés aux cocotiers comme des concours de grimper, des concours de vitesse de décoquage. En revanche ces manifestations ne prennent pas en compte la diversité variétale de l’espèce. Nous proposons d’inclure des concours variétaux (par exemple : prix de la plus grosse noix, prix du meilleur Kaipoa vert, prix du meilleur cocotier médicinal). Ces concours, dotés de prix, permettront de diffuser les savoirs et d’obtenir certaines des semences nécessaires pour la plantation des sites de conservation.
4) Pour des raisons économiques et techniques, le concept de Polymotu monte en puissance dans la stratégie globale de conservation du cocotier définie au niveau mondial par le Réseau International COGENT des ressources génétiques du cocotier. Le principal facteur limitant de la conservation réside de la lourdeur et le cout prohibitif des fécondations contrôlées. De nombreux pays n’ont pas les moyens de maintenir le laboratoire et le personnel nécessaires à la réalisation de ces fécondations. C’est par exemple le cas à Fidji, Samoa, Tonga, au Vietnam, etc. Pour les grandes collections internationales, les Philippines ont récemment dupliqués des accessions en pollinisation libre selon des conditions d’isolation à mon avis douteuses voire inexistantes. L’Indonésie fait de même. Le Brésil s’apprête à en faire autant, recourant d’ailleurs à du matériel conservé par une société privée plutôt qu’aux accessions déjà disponibles dans la collection étatique.
Dans les collections classiques, la durée de vie des accessions, à l'exception des variétés naines, se limite à 25 à 30 ans. A cet âge, la plupart des cocotiers atteignent 15 m de haut ou plus. Les accessions doivent être renouvelées avant que les inflorescences ne deviennent inaccessibles[1]. Le renouvellement d’une accession nécessite d’escalader environ 75 cocotier, chacun environ 15 à 20 fois[2]. La production des 200 semences nécessaires à la duplication d'une accession demande un an et demi et coûte plus de 2000 USD. Seuls les scientifiques disposant de budgets conséquents peuvent acquérir des semences dans les collections classiques. Les agriculteurs n'en ont pas les moyens.
Alternativement, les cocotiers peuvent être plantés en isolement géographique et reproductif. Les contraintes liées à la hauteur et l'âge des palmiers sont alors supprimées. Les accessions peuvent alors être conservées 75 à 100 ans. Au lieu de monter les cocotiers, les noix tombées naturellement au sol fournissent des des semences certifiées et bon marché. Les cocotiers morts peuvent être remplacés sans qu’il soit nécessaire d’abattre ceux qui restent, comme cela se produit dans les collections classiques. Le triplement de la durée de vie des accessions représente une économie considérable de temps, de main-d’œuvre et d'argent. Les semences deviennent abordables pour les agriculteurs.
En Polynésie, divers partenaires privés et public ont exprimé leur intérêt pour mettre rapidement en place des unités de conservation et de production de semences : l’association Tetiaroa conservation, le Lycée agricole de Moorea, le Jardin Botanique de Tahiti, le Service du Développement Rural de Tahaa, le Sinalei Resort à Samoa…Il reste maintenant à trouver le cadre formel pour mettre en œuvre un projet global.

[1] En fait de nombreuses accessions conservées dans de nombreux pays ont déjà dépassé une hauteur de 15 mètres dans avoir été renouvelées, ce qui pose des problèmes sérieux.
[2] En Côte d'Ivoire, les techniciens utilisent de coûteuses échelles triples qui atteignent une hauteur de 14 mètres. Dans d’autres pays, comme l'Inde ou l'Indonésie, les palmiers sont montés surtout manuellement, ce qui est risqué. Pour reproduire une accession, les pollinisations contrôlées sont mises en œuvre sur une période de 6 mois; les semences matures sont récoltés un an plus tard, également sur une période de 6 mois. L’ancienne accession est alors abattue et remplacée par la nouvelle..

jeudi 28 avril 2011

Les cocotiers nains "Compacts" verts et bruns

Nain Brun Compact de Raiatea
Dans les jardins de Polynésie Française, on observe un grand nombre de cocotiers nains verts et bruns présentant des caractéristiques communes. Leurs troncs sont  massifs et épais, avec un bulbe basal très marqué pour un nain. Les feuilles, courtes et rigides, portent de larges folioles d’une sombre couleur verte. Celles-ci, se recouvrant l'une l'autre, laissent passer peu de lumière. Sur un arbre dont on n'a pas coupé de feuille, il est difficile d'apercevoir les fruits. La croissance en hauteur étant très faible, de l'ordre de 20 cm par an, le stipe reste longtemps masqué par les feuilles. En Polynésie Française, les fruits sont de forme et de taille très variables; il existe sans nul doute plusieurs variétés se distinguant par la morphologie des fruits et des fleurs, mais le travail de caractérisation de ces différents types reste à accomplir.
Ces cocotiers nains sont particulièrement appréciés en Polynésie française.

Nain vert aux fruits allongés à Tahiti
Leur tronc épais et leur croissance très lente offre une bonne résistance au cyclone et une grande facilité de récolte. La qualité de l'amande est appréciée pour les préparations culinaires traditionelles. Plusieurs personnes, voyant ces nains pour la première fois, ont eu cette réflexion surprenante : « est-ce vraiment un cocotier ? ». En effet, son aspect atypique incite à penser qu’il s’agit d’une autre espèce de palmier. Mais le Nain Niu Leka peut être croisé sans difficulté avec les autres cocotiers ; il appartient donc bien à la même espèce !
Deux nains verts compacts aux fruits très différents, à Raiatea
A Tubuai, dans les Australes, nous avons aussi observé plusieurs types de Nains Verts Compacts, dont certains produisaient de gros fruits.
Nain vert compact aux gros fruits de Tubuai
Certains nains verts compacts de Tubuai présentent une caractéristique florale très particulière. Le bout des épillets, qui d'ordinaire ne porte que des fleurs mâles, se termine par une fleur spéciale en forme de rosace que l'on ne rencontre pas chez les autres variétés. Ce caractère pourra être utilisé pour distinguer des variétés particulières de nains verts. Il faudra rechercher si on le retrouve aussi sur d'autres îles.
Fleurs anormales sur certains nains verts de Tubuai
Les nains compacts ont été décrits par les scientifiques pour la première fois à Fidji, dans l'île de Taveuni, à quelques kilomètres de la ligne de changement de date. En fait on ignore l'origine précise de ces nains, que l'on rencontre aussi aux Cook, à Samoa, à Tuvalu et probablement dans d'autres îles du Pacifique. A Fiji, il sont appelés Niu leka et à Samoa Niu le'ha.
A partir des Fidji, ce nain a été introduit dans la collection internationale de Côte d'Ivoire, en  Afrique de l'Ouest. Cependant cette introduction a subi une sélection très drastique, avec notamment une génération d'autofécondation qui a fortement restreint sa variabilité et sa productivité. Le Nain niu leka a fait l'objet d'une description scientifique publiée en Français dans notre livre "Cocotier, guide des variétés traditionelles et améliorées" et en Anglais dans le catalogue mondial des variétés de cocotier.
Planche variétale décrivant le Niu Leka en Côte d'Ivoire
En Côte d'Ivoire, la floraison du nain Niu Leka survient cinq à huit ans après plantation, alors que la plupart des autres nains fleurissent avant trois ans. La production ne dépasse pas trente fruits par arbre et par an.
En Côte d'Ivoire, l'inflorescence de ces nains est compacte, avec un pédoncule épais et des épillets courts. Avec le grand de Tahiti, ce nain est la variété qui, en Côte d'Ivoire, présente le plus grand nombre d'épillets par inflorescence.Les fleurs mâles et femelles d’une même inflorescence ne sont pas matures au même moment. Il arrive que l’autofécondation survienne entre deux inflorescences successives, par exemple après une forte pluie, mais cela est rare dans les conditions de Côte d’Ivoire.
La biologie moléculaire a confirmé que le Nain Niu Leka était génétiquement plus proche des grands des Fidji que des autres nains. Il s’agit bien, donc d’une nouvelle forme de nanisme tout à fait différente de celle observée chez, par exemple, les nains de type Malais ou les Haari Papua. Volumineux pour ceux d'un nain, les fruits sont de forme oblongue à arrondie, avec une assez forte proportion de bourre (43%). Leur couleur varie du vert au brun selon les arbres, raison pour laquelle le nom de la variété ne fait pas mention d’une couleur précise.  A l'intérieur du fruit, la noix presque sphérique contient une amande épaisse qui donne un coprah assez pauvre en huile (59%).
Le Nain Niu Leka a pourtant passionné plusieurs générations de chercheurs. Ses feuilles courtes permettaient d'envisager des densités de plantation élevées; la robustesse de son stipe et sa croissance lente semblaient intéressantes pour les zones sujettes aux cyclones. Le premier hybride de cocotier a été crée en 1926 par M. Maréchal, qui croisa les nains Niu Leka et Rouge de Malaisie. Depuis, de nombreux autres hybrides de Niu Leka ont été crées en Côte d’Ivoire, en Jamaïque et au Vanuatu. En fait, il aurait mieux valu travailler sur les nains compacts présents en Polynésie Française, qui présente une variabilité beaucoup plus forte que le Nain niu leka exporté des Fiji.
Dans le futur, les variétés de cocotier dites « naines » seront de plus en plus utilisées par les agriculteurs. En effet les cocotiers de type grand sont assez dangereux ; les chutes de noix et de feuilles causent des dégâts, des gens peuvent tomber alors qu’ils grimpent, et parfois des cocotiers déracinés par des tempètes tombent sur les maisons. Les cocotiers nains offrent une grande facilité de récolte et une meilleure sécurité.
Il faudra donc concevoir un programme de recherche visant à caractériser et conserver les nains compacts de Polynésie Française, qui joueront un rôle considérable pour l'amélioration génétique future du cocotier. Ce programme demanderait environ six mois de travail étalés sur deux années.

mercredi 27 avril 2011

Les cocotiers nains rouges compacts


Nain Rouge Compact de Moorea
Le nain rouge compact est une variété extrèmement rare.
Pour l'instant seulement trois ou peut être quatre pieds de cette variété ont été recencés en Polynésie Française. Cette variété aura pourtant une importance considérable dans le futur. En effet, cette variété conjugue un régime de production allogame (voir ci dessous) avec l'existence de marqueurs de couleur qui facilitent grandement la production d'hybrides.

L'un des deux nains rouges de Moorea


















Nous avons identifié seulement deux pieds à Moorea, qui seraient originaires d'un cocotier de Raiatea que nous n'avons pas encore pu observer. Il existe aussi un cocotier similaire à Bora Bora qui nous a été signalé par Mme Dominique Petras. Selon ses propriétaires, il proviendrait d'un cocotier planté à Tahiti, introduit des îles Cook dans les années 1980, et qui a été détruit depuis.

Nain Rouge Compact de Bora Bora
L'aspect du stipe et des feuilles est similaire à celui des nains compacts verts et bruns, plus communs. En revanche, les fruits sont ronds et gros, d'une éclatante couleur rouge-orangée; lorsque l'on ouvre un jeune fruit, l'intérieur de la bourre (enveloppe de la noix) présente une couleur rose soutenue.


Il est facile de faire la différence avec les autres variétés de nains rouges presentes en Polynésie Française. Comparé au Haari Papua et au Nain Rouge Malaisie, les fruits sont beaucoup plus gros et ronds et le stipe plus épais. En outre le Nain Rouge Malaisie, d'ailleurs rare au Fenua, ne possède pas la couleur rose interne des jeunes fruits.

L'allogamie signifie que cette variété se croise préférentiellement avec les cocotiers qui l'entourent, à l'opposé de l'autogamie qui signifie que le cocotier se féconde lui même, comme c'est le cas par exemple du Nain Rouge de Malaisie ou des nains Haari Papua.

Nain Rouge de Bora Bora
 

Cette variété devrait réduire le coût de la production de semences hybrides. En effet, on peut planter en mélange des nains rouges compacts et une autre variété de cocotier de couleur verte (nain ou grand). Alors les semences récoltées qui, lors de la germination, présenteront un germe de couleur brune seront des hybrides naturels entre le nain rouge compact et la variété verte.
  



lundi 18 avril 2011

Quatre variétés de cocotier ha'ari papua


Deux variétés de ha'ari papua rouges à Raiatea
Durant les missions effectuées à Raiatea en 2006 et à Tahiti en 2009, nous avons eu la surprise d'identifier quatre variétés de cocotier ha'ari papua alors que la littérature scientifique ne signalait qu'une variété de ce type en Polynésie Française.

Vous pouvez cliquer sur les images pour les agrandir.

ha'ari papua signifie cocotier de Papouasie. Depuis plusieurs siècles, les marins polynésiens et mélanésiens ont voyagé à travers l’océan Pacifique en emportant leurs plantes. Ces variétés proviennent donc très certainement de Papouasie Nouvelle Guinée, mais nous ignorons la date de leur introduction en Polynésie Française. Le fait que trois variétés aient été retrouvée à Raiatea nous incite a penser que cette introduction est assez ancienne et date probablement de 100 à 200 ans.


Deux variétés de ha'ari papua Rouge à Raiatea
Parmi les trois variétés, celles aux fruits rouges sont assez communes, avec plusieurs centaines de cocotiers disséminés en Polynésie Française. La variété aux fruits jaunes est plus rare, nous n'avons pas observé plus d'une dizaine d'arbres en Polynésie. Enfin la variété verte est extrèmement rare, nous avons observé un unique individu mais Mme Dominique Pétras nous a dit en 2008 en avoir observé un autre et avoir planté quelques semences dans son jardin.


ha'ari papua jaune de Raiatea et vert de Tahiti

La plupart des cocotiers ha'ari papua jaunes et rouges se distinguent par l'existence d'une couleur rose interne dans les jeunes fruits, tel que montré dans la photographie ci-dessous. Nous ignorons s'il est de même pour la variété verte. Nous recommandons fortement de choisir pour la replantation des arbres qui présentent ce marqueur rose. On les reconnait sur les semences: le petit germe qui sort de la noix est rose bonbon lorsqu'il mesure moins d'un centimètre; les pointes des racines présentent une couleur rose interne.

Couleur rose à l'intérieur des jeunes fruits d'un ha'ari papua jaune
ha'ari papua jaune de Raiatea
Le ha'ari papua rouge a été introduit en Côte d'Ivoire, pays d'Afrique de l'ouest dans les années 1980, dans le cadre d'un échange de matériel végétal avec la Polynésie Française. Les scientifiques l'ont nommé "Nain Rouge de Tahiti" malgré son origine papoue. Les arbres plantés en Côte d'Ivoire ont été ensuite décrits dans le livre "Cocotier, guide des variétés traditionnelles et améliorées" (disponible en Français et Anglais), et dans le catalogue mondial des variétés de cocotier (disponible en Anglais seulement). 

Planche du livre "Guide des variétés..."
En Côte d'ivoire, ce Nain est le plus petit de tous les cocotiers. Huit ans après la plantation, son tronc ne dépasse pas un mètre de hauteur en moyenne. Ensuite sa croissance reste inférieure même à celle du Nain Vert du Brésil. Ses feuilles souples aux folioles longues lui donnent une silhouette particulière, qui permet de distinguer cette variété des Nains malais.
Comme chez le Nain Jaune de Malaisie, les fleurs mâles et femelles de l’inflorescence sont à maturité au même moment. L’autofécondation est donc de règle.
Les régimes sont des grappes de petits fruits suspendus au bout d’un long pédoncule. Encore jeunes, ces fruits ovales revêtent une couleur rouge orangée soutenue. A complète maturité, ils présentent un téton petit mais bien dessiné. A l’intérieur du fruit la noix est ronde ; elle devient parfois pointue dans sa partie distale si l’arbre souffre de sécheresse. La noix est pauvre en eau à maturité. En Côte d’Ivoire, pour un fruit mature d’un poids moyen de 200 grammes, on observe 70 grammes d’amande et seulement 7 grammes d’eau en moyenne sur des cocotiers âgés de 6 à 7 ans. Cette amande est par contre riche en huile. La germination des semences, plutôt lente pour un Nain, n’atteint pas un taux élevé.
En Côte d’Ivoire, le Nain Rouge de Tahiti débute sa floraison quatre ans et quatre mois après la plantation, soit plus de deux ans après le Nain Jaune de Malaisie ; il produit une soixantaine de fruits par arbre et par an, soit trente fruits de moins que le Nain Jaune.
En Polynésie, ce Nain sert essentiellement à la décoration des jardins. Sur des sols volcaniques bien arrosés, certains cocotiers portent parfois plusieurs centaines de petits fruits, laissés longtemps sur l’arbre, et finalement assez peu consommés. La fonction du Nain Rouge de Tahiti se rapproche peut être de celle des cocotiers dit « wedding» (littéralement cocotier de noces) des îles Tuvalu. Lorsqu’il y a trop d’invités et pas assez de grosses bonnes noix de coco à boire, on distrait les invités en leur offrant ces jolis petits fruits disponibles en grand nombre.
Du fait de sa floraison tardive et de sa production faible, le Nain Rouge de Tahiti a peu été utilisé dans les programmes de création variétale. En Côte d’Ivoire, il a cependant été hybridé en 1993 avec quatre autres variétés.

Identification
Le Nain Rouge de Tahiti se distingue facilement des autres types de Nains Rouges. Sa couleur est plus intense que celle des Nains de Malaisie et du Cameroun.
De plus, c’est à notre connaissance le seul cocotier aux noix rouges dont les fleurs, les jeunes fruits et l’extrémité des racines possèdent une coloration rose interne des tissus, à l'exception du nain rouge compact qui vient d'être décrit en Polynésie (article sur ce site).
En Papouasie-Nouvelle-Guinée et au Vanuatu, on rencontre plusieurs Nains tout aussi rouges que celui de Tahiti. Ils s’en distinguent cependant par leurs fruits pointus, qui possèdent un téton très proéminent, ou par l’absence de couleur rose interne des tissus.

samedi 27 novembre 2010

Les cocotiers médicinaux: mythe ou réalité ?

En Polynésie, le cocotier est très employé dans la médecine traditionnelle. Ses applications sont nombreuses, soit en tant que principe actif, soit en tant qu'ingrédient. L'huile, le lait ou l'eau de coco sont alors mélangés à d'autres substances actives.
En tant que chercheur dans le domaine de la biodiversité, nous nous sommes intéressés aux variétés utilisées en médecine traditionnelle. Pour le cocotier, ces variétés sont nommées oviri (sauvage) ou ereere (noir).
Nous avons tout d'abord recherché des informations dans la littérature ancienne. La première description des variétés est sans doute celle du livre « Tahiti au temps anciens » de Teuira Henry, publié en 1848. Ce livre cite 16 types de cocotiers, dont celui nommé oviri, qui se caractérise par un pédoncule (attache du régime) et rachis (nervure principale de la feuille) de couleur vert foncé, et des noix vertes. En 1860 le pharmacien Gilbert Cuzent décrit la variété oviri comme produisant des "fruits noirâtres" mais  n'indique pas de propriétés médicinales. D'autres inventaires des variétés de cocotier ont été réalisés par C. Henry en 1920, par F. B. H Brown en 1931 (pour les Marquises seulement) par R. Millaud en 1954 et par P. Pétard en 1972. C. Henry ne parle pas du cocotier médicinal; Brown se contente de citer une cinquantaine de noms de variétés marquisiennes, sans préciser pour la plupart en quoi elles diffèrent et sans parler de cocotier médicinal. Décrivant le cocotier oviri, Millaud et Pétard parlent simplement de cocotiers à fruits verts; Millaud décrit essentiellement les cocotiers dans les plantations réalisées pour le coprah, là ou les variétés traditionnelles sont mélangées depuis bien longtemps. Paul Pétard écrit que, pour la médecine, c'est presque toujours la variété oviri ou ereere qui est choisie, mais que parfois on utilise aussi des variétés ura ou uteute.

Après avoir consulté la littérature, nous avons voulu observer ces fameux cocotiers médicinaux. Nous avons parcouru de nombreuses iles, certaines en Polynésie Française, d'autres à Tonga, Samoa et Cook. Le résultat de cette enquête a été surprenant. Des anciens et certaines femmes nous ont décrit oviri comme un cocotier produisant de petites noix  d'une couleur verte très sombre, tirant presque sur le gris. En revanche, en Polynésie Française, nous avons constaté que la plupart des gens dénomment actuellement "oviri" n'importe quel cocotier à noix vertes. Lorsque nous avons demandé à voir ces variétés, il nous a été présenté des cocotiers d'une couleur verte moyennement soutenue, et présentant des fruits très variés selon les arbres, fruits ronds, pointus ou ovales, en fait presque toutes les formes existant dans la cocoteraie.
Certains habitants du Fenua ont même affirmé que l'on peut se soigner tout aussi efficacement avec les noix de n'importe quelle variété de cocotier, à condition de descendre manuellement ces noix des arbres sans jamais les jeter à terre. Il est clair qu'en Polynésie, la façon dont on récolte les plantes revêt une grande importance. Mais cela signifie t-il pour autant que toute les variétés de cocotier sont interchangeables?


Alors, cocotiers médicinaux: mythe ou réalité ?

Cocotier médicinal observé à Tonga en 2002
Il se trouve que nous avons aussi étudié ces cocotiers à Tonga. Dans l'île de Tongatapu, nous avons eu la chance d'observer et de photographier le Niu Matakula  un cocotier médicinal très particulier dont certaines caractéristiques correspondent à celles décrites dans les anciens livres. Les photographies de ce cocotier sont reproduites ci-contre. Les noix sont petites, ovales, d'un sombre vert grisâtre très particulier; une partie de l'enveloppe de la noix (bourre) est rouge à l'intérieur. Ce cocotier se féconde parfois lui même ce qui explique qu'il puisse se maintenir en partie, sans se mélanger complètement aux autres variétés.

La tradition polynésienne mentionne un cocotier médicinal qui serait en partie à l’origine du nom de l’île de Niue. Cette île se situe à 2 400 km au nord-est de la Nouvelle-Zélande, au centre d'un triangle formé par les îles Tonga, Samoa et Cook. L’île de Niue a porté successivement plusieurs noms. La tradition mentionne que l'île a été rebaptisée après que le fils d’un chef et sa cour se soient rendus au Samoa à Manu'a, la patrie de leurs ancêtres (voir le livre Haia ! publié en 2010). Là, ils ont été accueillis comme des parents et ils se sont divertis. Lorsqu’ils ont décidé de partir pour Nukututaha, le chef de Manu'a, Moa, leur a donné deux variétés de cocotier spéciales et leur a expliqué les caractéristiques de chacune de ces variétés. À l'arrivée à Nukututaha, le fils du chef a présenté ces noix de coco spéciales et a déclaré: "Ko e Niu è!" (Voici, les noix de coco!). Les semences ont été plantées. La première variété est le pulu niu, la spécialement adaptée à la fabrication de cordes utilisées dans la construction de bâtiments traditionnels et la fabrication des bateaux. L’autre variété serait un cocotier médécinal appelé Niu Tea. L’eau de cette variété, la bourre, les feuilles sont utilisés pour divers usages médicinaux ainsi que pour la boisson et la nourriture. Selon la tradition, l’île aurait été nommée Niue pour marquer l’arrivée de ces deux variétés de cocotier et honorer le souvenir du chef de Manu’a.
Les recherches que nous avons menées au Samoa ne nous ont pas permis d’y retrouver le cocotier appelé dans l’ancien temps Niu Tea. En fait, les chercheurs Samoan pensaient que ce nom désignait un cocotier Nain Rouge importé très récemment de Malaisie ! Même au Samoa, certaines traditions se perdent...


Nous pensons donc qu'il existait dans le passé, au moins une sinon plusieurs variétés de cocotiers médicinaux.  Nous ignorons si ces variétés produisent réellement des molécules spécifiques responsables d'un effet curatif. En revanche, il existait un savoir traditionnel concernant les cocotiers médicinaux;  ce savoir traditionnel s'est progressivement dilué et a été en grande partie perdu. Quelques personnes en Polynésie Française connaissent sans doute encore de vrais cocotiers médicinaux, mais nous n'avons pas encore eu le privilège de les rencontrer.
Découpe de noix pour les photographies

Il est légitime de se demander pourquoi les polynésiens appellent « sauvages » (oviri) certains cocotiers médicinaux. Une hypothèse est que cette variété existait sur des îles, voire même sur une île précise, avant que les Polynésiens viennent s’y installer avec leurs autres variétés de cocotier. Cette hypothèse est difficile a confirmer. Des éléments de réponses sortiront peut-être de l'analyse de l’ADN des cocotiers et de l’étude des traditions orales.
Dans les plantations et les villages, les cocotiers se fécondent librement. Leur pollen voyage avec le vent et les insectes. Si un cocotier oviri est planté à proximité d'autres variétés, ces cocotiers se croisent  naturellement. Ainsi, les variétés se diluent progressivement. Certaines finissent par disparaître. En revanche, si un site isolé est planté uniquement de cocotiers oviri, ceux-ci se féconderont entre eux. Toutes les semences récoltées à cet endroit redonneront des cocotiers oviri.

Que faut-il faire pour sauvegarder les cocotiers médicinaux et les remettre à la disposition de la population du Fenua ?

Il s'agit d'un long processus. Il faudra tout d'abord enquêter auprès des anciens polynésiens, dans les îles les moins touchées par la modernité, afin de retrouver au moins une vingtaine de "vrais" cocotiers médicinaux.  De l'observation de ces cocotiers, on déduira s'il faut considérer une ou plutôt deux variétés de cocotiers médicinaux.
S'il existe une seule variété de cocotier médicinal, il faudra récolter environ deux cent semences et les planter toutes dans un même site, choisi avec soin pour son isolement. Il faut qu'il n'y ait pas d'autre cocotier dans un rayon de 500 mètres autour de ce site. Ce site peut être un petit motu, une presqu'ile, ou une parcelle d'un hectare isolée dans une forêt ou dans une plantation d'autres espèces.
Les cocotiers vont mettre 6 à 8 ans avant de commencer à produire des fruits. Lorsque tous les cocotiers seront en production, il faudra les observer et éliminer ceux qui ne ressemblent pas à des cocotiers médicinaux. Tous les fils ne ressemblent pas à leur père. Il faudra probablement couper la moitié des cocotiers plantés pour ne garder que les "vrais" cocotiers médicinaux.
A partir de ce moment, la Polynésie Française disposera d'une source certifiée de semences de cocotiers médicinaux. Cette source de semences sera utile à bien des égards.  Elle permettra aux habitants du Fenua d'avoir des cocotiers médicinaux dans leurs jardins et de se soigner avec si nécessaire. Des agriculteurs ou des industriels pourront réaliser des plantations de cocotiers médicinaux et en tirer bénéfice. Le respect des traditions peut aller de pair avec la compétitivité économique. Ainsi un Monoï confectionné avec de l'huile de cocotier médicinal, selon les anciennes traditions polynésiennes, aurait un très grand succès d'un point de vue commercial.
Avant d'en arriver à cette rentabilité économique , il faudra une dizaine d'années pour constituer la source de semences, et encore une dizaine d'années pour que les agriculteurs installent les premières plantations de cocotiers médicinaux. Or il est très difficile de trouver des financements pour des projets s'étalant sur 20 ans. La plupart des bailleurs internationaux et des ministères veulent des projets qui se terminent en 4 à 5 ans. Dans le monde actuel, la tendance est de rechercher un bénéfice immédiat et rapide. Personne, ou presque personne, ne veut agir plus pour ses enfants. Et peut-être que les ancêtres polynésiens se retournent dans leur tombes en se demandant ce que sont devenus leurs précieux cocotiers médicinaux...

Ces sujets, ainsi que de nombreuses autres histoires de cocotier, seront discutés au cours de deux conférences publiques qui se tiendront le 12 Avril 2011 à 13 h à la bibliothèque du CRIOBE de Moorea, et le 13 Avril 2011 à 16h30 à l’Amphithéatre de la Chambre de Commerce à Papeete. Ces conférences sont réalisées sous l’égide du Pôle D'innovation Tahiti Fa'ahotu et du Criobe. Pour la conférence de Tahiti, une pré-inscription est requise en téléphonant au 47.27.28 ou envoyant un message électronique à l’une des adresses suivantes : daniel.r@ccism.pf ou hgueguen@tahitifaahotu.pf

Références

2010. Haia ! An Introduction to Vagahau Niue. Teacher’s guide and support materials learning languages serie. Published for the Ministry of Education by CWA New Media, Box 19090, Wellington 6149, New Zealand. ISBN 978 0 478 34123 2. 385 p.
1931. Brown FBH. Flora of southeastern Polynesia. Bishop Museum Bull 84. Honolulu. 121-127.

Autres informations:

Paul Pétard indique que "pour les diverses fumigations destinées aux parties du corps, les anciens marquisiens choisissaient deux longues noix de la variété ehi vevetahi. Dans chacune ils enlevaient le tiers supérieur, contenant les yeux, de façon qu'en disposant les deux noix l'une sur l'autre, les orifices s'ajustassent exactement..."

vendredi 26 novembre 2010

Les cocotiers à bourre tendre et sucrée

En Polynésie Française, ces cocotiers sont connus sous les appellations : Kaipoa, Haipoa, Maaro, Tia Iri, Apuru ou Ahuahupuru. Ce sont des variétés les jeunes fruits présentent une bourre (enveloppe de la noix) tendre et parfois comestible.
Il existe plusieurs anciennes variétés de ce type : la bourre des jeunes fruits (aux stades Ouo et Nia) est plus ou moins tendre, plus ou moins sucrée ou plus ou moins juteuse. Dans certaines vieilles plantations, il est facile d’identifier ces cocotiers Kaipoa car les rats adorent leur fruits : on trouve à la base du cocotier de nombreux petits fruits mangés par les rats.
Les meilleures variétés sont celles dont la bourre est très tendre ; Plus la bourre est tendre et comestible, meilleure est la variété. Nous avons observé cinq ou six arbres de ce type, dont la bourre était plus ou moins tendre et sucrée, sans pouvoir établir une classification plus précise. Lorsque les fruits sont murs et tombés à terre, il est parfois possible d’arracher à main nue la bourre du fruit dont les fibres sont blanches.

Bourre de coco normale (à gauche) et Kaipoa (à droite)
On ignore les mécanismes génétiques, physiologiques et biochimiques responsables de la caractérique 'Kaipoa". Les fibres de la bourre sont plus blanches et plus fines, et surtout moins fortement reliées entre elles  Dans la bourre des Kaipoa s'accumulent des sortes de particules blanchâtres et floconneuses. Très probablement c'est un enzyme responsable de la biosynthèse de l'un ou plusieurs des constituants de la bourre qui est génétiquement "déficient". On ignore s'il n'y a qu'un seul enzyme qui peut être touché, ou plusieurs; dans ce dernier cas, on pourrait avoir plusieurs phénéotypes de Kaipoa provenant de mutations distinctes. L'une des premières étude à mener serait d'analyser quels sucres s'accumulent anormalement dans la bourre, et quelles voies de biosynthèse sont bloquées.
Les kaipoa sont en très forte dispariton; lorsque l'on arrive à trouver un arbre, dans la plupart des cas, il ne porte pas de fruit susceptible de servir de semences: les enfants s'approprient tous les fruits pour les manger avant qu'ils deviennent matures. D'un point de vue ethnologique, une enquète réalisée à Moorea en 2006 illustre parfaitement la situation. Entretien avec un cultivateur de Moorea: "Vous connaissez les Kaipoa ? - Oui - vous savez ou en trouver? -Non, j'en avais un dans mon champ mais je l'ai coupé- Pourquoi l'avez vous coupé ? - En dix ans de production, je n'ai pas pu récolter un fruit, les enfant des voisins venaient tout me voler." Voici comment le fait qu'une ressource génétique rare soit trop appréciée peut conduire à sa destruction.
En Polynésie Française, pour l'instant deux pistes: un motu d'Aratika sur lequel il y aurait une centaine de Kaipoa et l'ancien village de Anna, pour lequel des informateurs ont indiqué que c'est là qu'il y avait les Kaipoa les plus tendres. 
  
Autre scène, cette fois au Cook. Lors d'une mission de prospection des variétés de cocotier avec Tiara Mataora, agent de l'agriculture, nous trouvons enfin un Kaipoa vieux de plus de 100 ans, innaccessible aux enfants. Tiara est entrain de manger un fruit et me dit: "je ne veux pas que les gens me voient manger du Kaipoa, parce qu'ils vont penser que je suis un homme pauvre". Parfois les polynésiens ont du mal à concilier leur traditions et la modernité.

jeudi 25 novembre 2010

Les cocotiers à grosses noix rondes

Ces cocotiers à gros fruits ronds sont dénommés Amu-‘iri.
Il existe plusieurs variétés de ce type, appelé "Niu Vai" au Tonga et aux Samoa. Les meilleures d’entre elles ont une bourre très fine, une amande épaisse et contiennent beaucoup d’eau.
Il n'a pas été possible d'identifier ce type de cocotier au cours de la mission.

Dans le bulletin du Pacific Tropical Botanical garden de 1978, Leslie Richard indique que en 1940, il a importé à Hawaii une variété dénommée "Moorea Copra", cadeau du défunt Garret Wilder, en provenance de la plantation  Kellum sur l'île de Moorea. Cette variété est décrite comme produisant un nombre élevé de gros fruits.


mercredi 24 novembre 2010

Les cocotiers produisant un grand nombre de petits fruits

Dans l’ancien temps, en Mélanésie, Micronésie et Polynésie, ces cocotiers étaient utilisés lors des cérémonies et des fêtes. Lorsqu’il n’y avait pas assez de grosses noix pour tout le monde, on donnait à chacun des invités l'une de ces petites noix très sucrées pour se désaltérer. A Tuvalu par exemple, les gens nomment ces cocotiers "wedding coconut", littéralement "cocotiers de noce". 



Cocotier Makire photographié à Arue, Tahiti


Le même cocotier, Arue, Tahiti
Ces cocotiers produisent des gros régimes contenant souvent cinquante à cent tout petits fruits. Après avoir donné quatre ou cinq de ces énormes régimes, il peut arriver que ces cocotiers s’arrêtent de fructifier pendant quelques mois, ou se mettent à produire moins de fruits plus gros.
En Polynésie Française, ces cocotiers sont nommés Reita ou Riata, ou encore Makire. Teuira Henri, dans son livre "Tahiti aux temps anciens" datant de 1848, parle de la variété Riata décrite comme produisant de tout petits fruits, mais sans préciser leur nombre.
En Polynésie Française, j'ai observé seulement trois cocotiers de ce type, l'un à Arue à Tahiti, l'autre à Moorea à l'entrée de la baie de Cook, et le dernier dans le village de Rangiroa; il n'a pas été localisé de site  ou plusieurs de ces cocotiers seraient réunis.  En revanche à Fiji, sur l'île de Taveuni et autour du village de Somo Somo, j'ai observé ce type de population, dénommée Niu Drau or Bula Drau, qui a d'ailleurs été décrite par d'autres botanistes (McPaul, 1963;  Parham, 1966).


Récolte de semences à Tuvalu
Dans les années 2000, j'ai organisé la collecte d'une variété similaire sur l'atoll de Funafuti, dans l'archipel des Tuvalu (Micronésie). La photographie ci-contre illustre la récolte des semences. Pour une partie des semences, leurs embryons ont été extraits puis transférés in vitro dans la Collection Internationale de Cocotier pour la région Pacifique. Cette collection est située à Madang, en Papouasie Nouvelle Guinée.
En revanche, en Polynésie Française, aucune action n'a été entreprise afin de caractériser et de sauvegarder cette variété.  
En Polynésie Française, il semble que que la variété Makire soit en voie d'extinction: elle se  dilue progressivement et disparait parmi les cocotiers "industriels" sélectionnés pour la production de coprah au cours du vingtième siècle. Très probablement, une étude approfondie, incluant des mesures phénologiques et des test ADN, montrerait qu'il existe en Polynésie Française plusieurs types de Makire, qu'il serait important de sauvegarder. Il est aussi possible que l'on retrouve des Makire parmi les cocotiers nains.

Régime partiellement avorté, Fakahina
Tous les cocotiers produisant un grand nombre de petits fruits ne sont pas necessairement des "Makire". En effet, certains cocotiers se révèlent partiellement stériles; d'autres, pour diverses raisons, peuvent manquent de pollen pour la fécondation. Il se peut par exemple qu'il n'y ait pas de pollen disponible au moment durant lequel les fleurs femelles sont réceptives. Il semble aussi que parfois, certains insectes ou mollusques attaquent la partie fertile des fleurs femelles, les empéchant alors d'être fécondées. Dans ce cas il arrive que se développent une multitude de petites noix vides. Souvent, mais pas toujours, ces fruits avortent avant maturité.
Comme l'arbre donne finalement peu de fruits, il ne se fatigue pas et produit alors des inflorescences de plus en plus grosses et chargées de centaines de fleurs femelles. Ces fleurs avortent à leur tour, et le phénomène se reproduit. Dans ce cas là, malgré la présence d'un grand nombre de petits fruits, il ne s'agit pas d'une variété Makire ou Riata, mais juste d'un problème d'absence de fécondation des fleurs femelles.


Cocotier nain de Tonga produisant un grand nombre de fruits vides
Nous avons observé un cas extrème à Tonga: un cocotier de type Nain Niu Leka donnait des centaines de minuscules fruits, mais ces fruits étaient vides et ne contenaient que de la bourre, sans noix de coco à l'intérieur.

Grand Laccadives Micro d'Inde
En Inde une variété de cocotier très connue, dénommée le "grand Laccadives Micro", qui produit aussi une multitude de fruits minuscules. Les vocables Laccadives, Laquedives et Lakshadweep désignent le même archipel indien. Situé dans la mer d’Oman, à cent kilomètres à l’Ouest du continent, il regroupe 27 îles coralliennes dont 10 seulement sont habitées.
Dans l’archipel des Laccadives, les arbres "micro" sont peu fréquents et dispersés parmi les plantations de cocotiers ordinaires, à fruits plus gros et moins nombreux. Tous ces cocotiers, « micro » et « ordinaire » se croisent l’un avec l’autre sans contrôle. Un chercheur indien a émis l’hypothèse qu’il existerait, dans la population naturelle, tous les intermédiaires possibles entre les deux types « micro » et « ordinaire ».
Les observations réalisées en Afrique sur cette variété suggèrent une autre explication. En fait, certains arbres, précédemment normaux, se mettent à produire pendant quelques mois une multitude de fruits minuscules, puis retournent ensuite à un comportement normal. Ainsi, en Côte d’Ivoire, un cocotier de cette variété a produit selon les périodes des fruits pesant de 200 g à 1100 g Moins les fruits sont nombreux, plus ceux-ci sont gros, comme l’illustre la photographie de régimes ci-contre. Le même cocotier pourrait donc être successivement de type « micro » et « ordinaire ». Ceci dit, tous les cocotiers des îles Laccadives ne se comportent pas de façon aussi étrange, et seuls certains d'entre eux semblent capables d'extérioriser le phénotype "micro".
En Inde, les petits fruits de cette variété sont traditionnellement utilisés pour la fabrication d'une friandise dénommée "Ball copra". Après élimination de la bourre, les noix sont mises à sécher, en général juste sous le toit des maisons, dans un endroit venté. L'amande sèche alors sans pourrir. D’aspect légèrement translucide, la chair blanche devient caoutchouteuse, sucrée et parfumée. Se détachant de la coque, l’amande est extraite d'une seule pièce et vendue comme friandise. Les variétés Makire pourraient être utilisée en paysagisme. Leur esthétique évoque l'abondance et la profusion. Les fruits légers sont peu dangereux pour l'homme lorsqu'ils tombent. Enfin, certains tout petits fruits peuvent servir à confectionner des objects artisanaux particulers, comme par exemple... des coquetiers en cocotier.

Pour sauvegarder cette variété, le travail suivant devra être entrepris:

1)Prospecter en Polynésie Française afin de retrouver au moins une population comprenant une vingtaine de cocotiers Makire groupés sur un même site; ou identification et caractérisation d'une trentaine de cocotiers Makire dispersés sur divers sites en Polynésie Française.
2) En fonction de l'observation des caractéristiques des cocotiers et de test ADN, il devra être décidé de constituer une ou plusieurs populations de Makire. Par exemple, s'il s'avère que certains Makire produisent des fruits pointus  alors que d'autres produisent des fruits nettement plus ronds, on pourra être amené à constituer deux populations distintes de Makire. Les analyses moléculaires contribueront à décider s'il faut créer une ou plusieurs populations de Makire.
3) Lorsque 20 à 30 arbres Makire seront identifiés, il faudra prélever une dizaine de fruits par cocotier et les mettre en pépinière pour germination.
 4) Au bout d'un an de pépinière, il faudra planter 100 à 200 cocotiers Makire, groupés dans une zone en isolement géographique. Il s'agit de lieux autour desquel il n'y a pas d'autres cocotiers planté dans un rayon de cinq cent mètres. Ces lieux peuvent par exemples être des petits motu ou de petites îles volcaniques, des fonds de vallées, ou encore des plantations d'autres espèces arboricoles. Si plusieurs sortes de cocotier Makire ont été identifiées, il faudra réaliser cette isolation pour chacune d'entre elles.
5) Au bout de cinq à sept ans, ces cocotiers commenceront à fructifier. Cependant, comme ces cocotiers ne proviennent pas d'une variété certifiée mais d'un mélange variétal, tous ne présenteront pas les caractéristiques Makire. Il faudra donc observer ces cocotiers et, dans un délai de deux à trois ans, éliminer entre la moitié et les deux tiers des cocotiers plantés afin de ne garder que ceux qui présentent vraiement les caractéristiques Makire.
6) Ainsi, après un processus s'étalant sur une dizaine d'années, la ou les variétés Makire seront sauvegardées, et la Polynésie Française sera enfin dotée d'une source de semences certifiées pour cette variété.

Nous recherchons toute personne, association ou institution intéressée par s'associer à ce projet de sauvegarde du patrimoine variétal polynésien. D'autre part, si vous connaissez d'autres cocotiers de type Makire en Polynésie Française, cette information nous sera précieuse.

Références bibliographiques
Henry, T. 1928. Ancient Tahiti. Bernice P. Bishop Bulletin 48. Honolulu: Bishop Museum Press.