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2010/11/26

Les cocotiers à bourre tendre et sucrée

En Polynésie Française, ces cocotiers sont connus sous les appellations : Kaipoa, Haipoa, Maaro, Tia Iri, Apuru ou Ahuahupuru. Ce sont des variétés les jeunes fruits présentent une bourre (enveloppe de la noix) tendre et parfois comestible.
Il existe plusieurs anciennes variétés de ce type : la bourre des jeunes fruits (aux stades Ouo et Nia) est plus ou moins tendre, plus ou moins sucrée ou plus ou moins juteuse. Dans certaines vieilles plantations, il est facile d’identifier ces cocotiers Kaipoa car les rats adorent leur fruits : on trouve à la base du cocotier de nombreux petits fruits mangés par les rats.
Les meilleures variétés sont celles dont la bourre est très tendre ; Plus la bourre est tendre et comestible, meilleure est la variété. Nous avons observé cinq ou six arbres de ce type, dont la bourre était plus ou moins tendre et sucrée, sans pouvoir établir une classification plus précise. Lorsque les fruits sont murs et tombés à terre, il est parfois possible d’arracher à main nue la bourre du fruit dont les fibres sont blanches.

Bourre de coco normale (à gauche) et Kaipoa (à droite)
On ignore les mécanismes génétiques, physiologiques et biochimiques responsables de la caractérique 'Kaipoa". Les fibres de la bourre sont plus blanches et plus fines, et surtout moins fortement reliées entre elles  Dans la bourre des Kaipoa s'accumulent des sortes de particules blanchâtres et floconneuses. Très probablement c'est un enzyme responsable de la biosynthèse de l'un ou plusieurs des constituants de la bourre qui est génétiquement "déficient". On ignore s'il n'y a qu'un seul enzyme qui peut être touché, ou plusieurs; dans ce dernier cas, on pourrait avoir plusieurs phénéotypes de Kaipoa provenant de mutations distinctes. L'une des premières étude à mener serait d'analyser quels sucres s'accumulent anormalement dans la bourre, et quelles voies de biosynthèse sont bloquées.
Les kaipoa sont en très forte dispariton; lorsque l'on arrive à trouver un arbre, dans la plupart des cas, il ne porte pas de fruit susceptible de servir de semences: les enfants s'approprient tous les fruits pour les manger avant qu'ils deviennent matures. D'un point de vue ethnologique, une enquète réalisée à Moorea en 2006 illustre parfaitement la situation. Entretien avec un cultivateur de Moorea: "Vous connaissez les Kaipoa ? - Oui - vous savez ou en trouver? -Non, j'en avais un dans mon champ mais je l'ai coupé- Pourquoi l'avez vous coupé ? - En dix ans de production, je n'ai pas pu récolter un fruit, les enfant des voisins venaient tout me voler." Voici comment le fait qu'une ressource génétique rare soit trop appréciée peut conduire à sa destruction.
En Polynésie Française, pour l'instant deux pistes: un motu d'Aratika sur lequel il y aurait une centaine de Kaipoa et l'ancien village de Anna, pour lequel des informateurs ont indiqué que c'est là qu'il y avait les Kaipoa les plus tendres. 
  
Autre scène, cette fois au Cook. Lors d'une mission de prospection des variétés de cocotier avec Tiara Mataora, agent de l'agriculture, nous trouvons enfin un Kaipoa vieux de plus de 100 ans, innaccessible aux enfants. Tiara est entrain de manger un fruit et me dit: "je ne veux pas que les gens me voient manger du Kaipoa, parce qu'ils vont penser que je suis un homme pauvre". Parfois les polynésiens ont du mal à concilier leur traditions et la modernité.