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Préparation de concours de variétés de cocotier

Par Roland Bourdeix, 2019

Dans le cadre du projet CIDP, nous avons initié une réflexion sur la manière d’organiser un concours régional de variétés de cocotiersEn l’adaptant au contexte, cette réflexion peut aussi servir à des concours organisés au niveau des territoires: Polynésie Française, Nouvelle Calédonie, Wallis et Futuna, voire simultanément dans ces trois territoires. Les objectifs multiples d'un tel concours seraient les suivants: 1) renforcer les interactions locales entre les producteurs de cocotier, 2)  encourager les agriculteurs à développer une initiative privée en matière de production de semences de cocotier, 3)  renforcer les interactions entre les agriculteurs et les services nationaux chargés de la vulgarisation et de la recherche, 4)  localiser les variétés intéressantes de cocotier, évaluer leur diversité et faciliter les processus de collecte et de conservation, 5)  aider les agriculteurs à préserver les variétés traditionnelles en voie de disparition, et 6)  renforcer la communication sur la filière cocotier  dans la région du Pacifique.



L’organisation de tels concours pourrait générer de nombreuses retombées positives:
  • Sur la conservation, dans le sens que de nouvelles variétés et populations seront découvertes et auront besoin d’être conservées, purifiées et multipliées. En ce qui concerne la diversité génétique, nous avons initié la description de 37 variétés et formes de cocotier en Polynésie Française. Les 37 identifiés jusqu’à présent démontrent l’existence d’une grande diversité mais ne sont sans doute que « la partie émergée de l’iceberg » (même si les icebergs sont assez rares au Fenua).
  • Sur l’amélioration en ce sens que les nouvelles variétés et populations découvertes pourraient avoir une importance cruciale pour développer de nouvelles semences, voire de nouveaux usages. Peut être découvrira t-on des variétés de cocotiers aussi précieuses pour le marché que l’est actuellement la Vanille de Tahiti….
  • Enfin sur l’organisation de la filière cocotier dans son ensemble, car c’est possiblement l’occasion de favoriser les premieres activités privées de vente de semences de cocotier au Fenua. Rappelons qu’à Hawaii, un particulier vend des plants de cocotiers nains à 100 USD l’unité, qu’en Inde plusieurs ferment vendent des hybrides à plus de 4 euros le plant et ont des liste d’attente de six mois pour les livraisons. Nos enquètes indiquent que des plants de cocotiers sont déjà vendus en nombre limité par des particuliers en Polynésie Française. Un retraité à Tahiti vend des plants de Nains Jaune Malais à 1000 FP ; un autre retraité de la DAG basé à Moorea vends des plants de Nain Vert Compact à 1500 FP.

Les précédents concours variétaux

Nos recherches ont indiqué, pour le cocotier, l’organisation d’un concours à Samoa (1984), d’un a Raiatea (2012/2013) et très récemment d’un en Papouasie Nouvelle Guinée (2019). Ce dernier fait suite aux suggestions que nous avions lancée dans une communication au congrès COCOTECH à Bangkok en 2018.
Le concours de Samoa a fait l’objet d’une publication en ligne rédigée en Anglais. Il portait sur le poids d’amande d’un échantillon de dix fruits apporté par chaque planteur. Ilest intéressant de constater que ce n’est pas les fruits les plus qui ont gagné, mais ceux présentant la meilleure composition (bourre fine et amande épaisse).
A Raiatea, Vincent Vaucherot nous a parlé d’un concours variétal cocotier qui avait organisé dans les années 2012/2013. Parmi le personnel de l’agriculture, il était le seul à se souvenir de ce concours, et il semble qu’il n’en subsiste aucune trace écrite ou photographique. En tous cas, nous n’avons retrouvé aucun document concernant ce concours, malgré que nous ayons interrogé la responsable de l’organisme organisateur, Mme Yvette Temauri Présidente de la Chambre d’Agriculture. Nous ignorons si des concours similaires ont été organisés sur d’autres îles.
A Raiatea, le concours, pour le cocotier, avait seulement deux catégories: le régime (localement appelé grappe) le plus lourd, et celui comprenant le plus grand nombre de fruits. Selon Vincent, les deux prix ont été remportés par des agriculteurs qui ont présenté des régimes de l’hybride Nain Vert Brésil x Grand Rangiroa. Ceci a eu un effet positif sur la réputation de l’hybride au niveau local.
Les prix de concours de Raiatea semblaient plutôt orientés vers la promotion de l’hybride, et non vers la découverte de la diversité des variétés traditionnelles de cocotier. On peut retenir de ce petit concours que la définition des prix oriente fortement le résultat ; si un nouveau concours est organisé, certains prix pourront continuer à concerner le rendement, mais d’autres devront être orientés vers la qualité et la diversité, afin de promouvoir et de détecter les variétés traditionnelles Polynésiennes.

c) Dans quel cadre organiser le concours?

L’idée initiale était de viser directement le Heiva, en tentant d’argumenter l’ajout d’une dimension “conservation de la biodiversité” à cette manifestation déja connue au niveau mondial. Plusieurs activités du Heiva son en lien avec le cocotier: concours de grimper, cibles faites de noix de coco, etc; mais aucune de ces activités ne souligne la diversité génétique des cocotiers, l’intérêt d’en tirer plaisir et profits.
Il existe sur Tahiti et dans d’autres îles des foires agricoles, généralement organisées par les Chambre d’Agriculture. Certains agents de l’Agriculture pensent que les concours pourraient être intégré à ces foires. William Elacott, subdivisionnaire des Tuamotu et Gambier, est un passionné de cocotier qui voudrait organiser une journée ou un festival du cocotier en Septembre 2020. Nous soutenons cette initiative. A noter que la Papouasie Nouvelle Guinée à organisé avec grand succès son premier festival du cocotier en Septembre 2019. L’ICC et son directeur Uron Salum (ou sa successrice) pourrait aider à organiser cette journée cocotier.
Finalement, pour les concours cocotier, plusieurs options non exclusives se dégagent. Celle que nous recommandons est la suivante: En 2020, lancer le “concours cocotier” à la fois à la Foire Agricole de Tahiti et de Raiatea lors de la “Journée cocotier” de Septembre 2020. En 2021, viser le Heiva. Si cette dernière option n’est pas couronnée de succès, continuer avec la Foire agricole et/ou la journée cocotier.

d) Quelles catégories pour le concours ?

La question des catégories a promouvoir dans ces concours demande une réflexion orientée par les objectifs, en l’occurrence promouvoir la diversité variétale et détecter les variétés les plus intéressantes en Polynésie Française. Voici dix possibles catégories, sur lesquelles on pourra réfléchir plus avant pour en réduire éventuellement le nombre. Nous proposons un ordre de priorité qui ne reflète que notre propre opinion.
  • 1. Le fruit mature entier en bonne santé avec la plus faible proportion de bourre. Chaque agriculteur amène trois fruits qui doivent clapoter ; on pèse les fruits avec la bourre (a) ; les fruits sans les bourres (b) ; les noix cassées sans eau libre (c). le gagnant est celui dont les fruits ont le plus haut rapport : (a-b)/(a-b+c).
  • 2. La noix de coco qui contient le poids le plus élevé en amande. Chaque agriculteur amène trois fruits qui doivent clapoter ; on pèse les fruits avec la bourre (a) ; les fruits sans les bourres (b) ; les noix cassées sans eau libre (c), et les amandes (d). le gagnant est celui dont les fruits ont la plus haute valeur de d, mais il es crucial l’ensemble des données.
  • 3. Le plus beau cocotier nain compact. Gros troncs, faible croissance en hauteur, jeune fruits de préférence rouge, jaune ou verts, bonne production et composition des fruits (ne pas inclure les cocotiers de couleur marron ou brune dans le concours), 
  • 4. La noix de coco à boire avec l'eau la plus parfumée et la plus délicieuse. Nécessité de constituer un jury ; attention la qualité de l’eau de coco change en quelque minutes lorsqu’elle est sortie de la noix.
  • 5. Autres variétés extraordinaires: cocotiers à cornes, palmiers à plusieurs troncs, cocotier donnant des boutures
  • 6. La variété de type Grand la plus productive en termes de production de coprah par par hectare
  • 7. Noix de coco à l’amande particulièrement tendre ou savoureuse (peut inclure les types Makapuno, Pia ou autres). Nécessité de constituer un jury.
  • 8. Le fruit le plus long (noix de coco avec bourre)
  • 9. Le fruit le plus volumineux (noix de coco avec bourre). A mesurer en imergeant dans une bassine et en pesant.
  • 10. La noix de coco la plus volumineuse (sans la bourre). A mesurer en imergeant dans une bassine et en pesant.

e) Composition et rôle du jury, règlement, prix

Pour l’organisation des concours variétaux, les responsabilités respectives du Ministère, de la Direction de l’Agriculture et de la Chambre d’Agriculture doivent être précises. A mon avis la coordination doit être réalisée par la Direction de l’Agriculture, sur instruction du Ministère; La Chambre participera au Jury du concours et aux remises de prix.
Nous recommandons que les jurys soient composé d'un panel de cinq ou sept membres comprenant des producteurs de noix de coco reconnus pour leur compétence, membres d'organisations professionnelles et qui ne participeront pas eux-mêmes au concours. Un membre est nommé parmi le personnel de la Direction de l’Agriculture ; un autre à la chambre d’Agriculture ; Enfin, un membre serait de préférence un chercheur. Les décisions du jury seront prises à la majorité.
Nous proposons de décerner jusqu’à dix prix dans chaque lieu (île ou Atoll) ou seront organisés ces concours. Ensuite, en comparant les données obtenues dans chaque lieu, un jury pourrait désigner les lauréats au niveau de l’ensemble du territoire.
Dans chacune des catégories, les gagnants locaux du concours se verraient attribuer un prix en espèces, un accès privilégié aux sessions de formation organisées par la filière cocotier et une occasion accrue d’interagir avec des scientifiques locaux et internationaux travaillant sur le cocotier. A notre avis, les prix doivent être conséquents et non symboliques, de l’ordre peut être de 25000 FP pour le premier et 15000 pour le second et 10000 pour le troisième. Il faut donner de la valeur aux variétés et à leur diversité.
Nous recommandons de faire établir un règlement du concours par un juriste spécialiste de ces questions. Ceci servira pour le cocotier mais aussi pour d’autres cultures. Les candidats pourront signer un engagement écrit selon lequel, si leur variété est classée dans les trois premiers du concours, ils la sauvegarderont et la multiplieront afin de la préserver et de l’améliorer. Il acceptera de distribuer la variété, selon son choix, à sa famille, à son village ou à tout le pays, que ce soit commercialement ou gracieusement. Le participant s'engage à assister à la cérémonie de remise des prix, à laquelle participeront des représentants officiels du ministère de l'Agriculture et des organisations professionnelles de la filière cocotier.

f) Mise au point d’un questionnaire, sur papier et en ligne

Dans le cadre du projet CIDP, nous avons étudié comment utiliser le logiciel Kobotoolbox dans le cadre de ces concours. Ce logiciel permet de concevoir des questionnaires que les utilisateurs peuvent remplir directement depuis leur téléphone portable ou depuis un ordinateur. Pratiquement chaque agriculteur a un membre de sa famille qui a un téléphone portable pour saisir ces données, qui comprennent de photos et une localisation géographique. Toutefois, une version papier du questionnaire sera également disponible pour ceux qui ne souhaitent pas utiliser de téléphone portable. Ils devront envoyer par courrier ce questionnaire papier et les photos demandées aux organisateurs du concours variétal cocotier.
Collectez les données sur votre propre téléphone mobile ou sur tout appareil doté d'un navigateur Web; utilisez le lien suivant pour entrer des données, même hors ligne (lien en anglais fourni uniquement à titre d'exemple: https://ee.kobotoolbox.org/x/#YNQ3


Mise en œuvre et évaluation de programmes d'amélioration du cocotier

Rien ne peut remplacer un programme de sélection bien conçu, régulier et durable mené par des professionnels bien formés. Dans le Pacifique et même dans le monde, très peu de pays ont réussi à créer et à maintenir un tel programme de sélection, qui nécessite la plantation annuelle de huit à dix hectares d'expérimentations sur le terrain. Un tel programme de sélection, s’il est bien conduit, pourrait permettre un progrès génétique d'un à deux pour cent par an.
De nombreux programmes de sélection ne sont pas totalement efficaces car ils n'optimisent pas les cycles de sélection. En utilisant des méthodes appropriées, une population de type Grand pourrait être améliorée d’environ 25% sur une période de cycle de 14 ans (soit 1,8% par an en moyenne). Les meilleurs hybrides améliorés créés en Côte d'Ivoire (Afrique de l'Ouest) produisent 20 à 30% de plus que les hybrides actuellement commercialisés dans la région du Pacifique. 
Notre conseil est d’engager une équipe d’experts internationaux afin d'évaluer les programmes d’amélioration du cocotier existants dans la région du Pacifique et ailleurs dans le monde; et afin de  déterminer comment d’autres pays et territoires de la région Pacifique pourraient collaborer et développer de nouveaux programmes d’amélioration.
Références Batugal, P., Bourdeix, R. et Baudouin, L. (2009). Élevage de noix de coco. Dans  les plantations d’arbres de plantation: espèces tropicales  (pp. 327-375). Springer, New York, NY.Bourdeix, R., Sangare, A., Le Saint, JP et N'Cho, YP (1989). Efficacité des tests individuels de capacité de combinaison sur des noix de coco hybrides: premiers résultats. Oleagineux (France) 

Une méthode pour la sélection de bons géniteurs pour la production de semences de type Grand

Par R. Bourdeix, V. Kumar et V. Mataroa, 2018

Pour citer ce document:
En Français:Bourdeix, R., Kumar, V. et Mataroa, V. (2018). Méthode recommandée pour sélectionner de bons cocotiers parents et produire des noix de coco de type Grand. In : Bourdeix, R. et al., (2018). Cocotiers de Polynésie Française. Disponible à l’URL : https://cocotierpolynesie.blogspot.com/

La méthode consistant à récolter des semences sur les "meilleurs" cocotiers à replanter ces semences est ce que les scientifiques appellent " la sélection massale en pollinisation libre". Bien que cette méthode ait été pratiquée par des milliers d'agriculteurs pendant des millénaires, son efficacité sur une génération reste limitée. Cette efficacité peut être légèrement améliorée en utilisant les meilleurs critères de sélection, mais même dans ce cas, pour chaque nouvelle génération de cocotier plantée dans les champs, l’amélioration des rendements ne sera pas supérieure à 5-10%.
La méthode que nous recommandons pour sélectionner de bons géniteurs est présentée ci-dessous. Selon nos avis d'expert, les processus de sélection des cocotiers parentaux actuellement conduits dans la plupart des pays du Pacifique n'apportent pas d'amélioration significative des variétés existantes. Dans de nombreux cas, la sélection n’est que visuelle: au sein d’une plantation, 30 à 80% des cocotiers existants sont souvent choisis comme cocotiers parents pour la production de graines. Nous pensons que ces sélections sont uniquement conservatrices, c’est à dire que la descendance aura le même rendement que les cocotiers parentaux, ni plus, ni moins.
Afin d’améliorer l’efficacité des processus de sélection des cocotiers mères, nous proposons une méthode 1) basée sur un taux de sélection plus élevé, 10% seulement des cocotiers existants ; 2) reposant non seulement sur une évaluation visuelle, mais également sur une analyse des fruits effectuée directement dans les exploitations agricoles ; et 3) incluant la sécurisation de toutes les données dans une base de données d’une grande importance au niveau national.
De récents essais conduits aux Îles Cook indiquent que la numérotation des cocotiers sur le terrain est cruciale. Nous recommandons d’acheter des ensembles d’étiquettes en aluminium déjà numérotées (de 1 à 1 000) qui seront cloué du coté Est du tronc des cocotiers à environ 1,80 mètre du sol, en plus de la peinture en bande. En utilisant ces étiquettes, si un autre agent agricole revient 15 ans plus tard, il/elle sera capable de retrouver le cocotier. D’autre solutions plus techniques consistent à utiliser des étiquettes aluminium à code barre, voire des puces électroniques insérées dans le tronc. Ces solutions sont plus coûteuses et exigent les budgets adéquats.
Nous avons créé sept formulaires techniques pour enregistrer toutes les informations demandées: Le premier concerne les agriculteurs et les exploitations agricoles , et les suivants se répartissent ainsi : 2) localisation des cocotiers, 3) caractérisation des cocotiers , 4) et 5) deux méthodes d'analyse des fruits matures, dont on doit choisir une seule; 6) l'analyse des noix de coco à boire et 7) test en pépinière pour l'élimination des hybrides  Le fichier Excel utilisable pour les saisies et les sept formulaires de données peuvent être téléchargés en ligne en cliquant sur les liens de ce texte.
La mise en œuvre d'un tel processus requiert une équipe de deux ou trois travailleurs, dont un agent agricole et un grimpeur/récolteur. Le temps de travail total est probablement compris entre une et deux heures par cocotier sélectionné, test compris en pépinière. Si nécessaire, les Services de l’Agriculture peuvent demander des recrutements temporaires de travailleurs pour mener à bien ces campagnes.

Rien ne peut remplacer un programme de sélection bien conçu, régulier et durable mené par des professionnels bien formés. Très peu de pays ont réussi à créer et à maintenir un tel programme, qui nécessite la plantation annuelle d'environ dix hectares d'expérimentations de sélection en champs, pour un progrès d’environ 1% par an sur le rendement. De tels programmes ne semblent plus «dans l’air du temps ». De nos jours, lorsqu'ils cherchent un renseignement, les gens sont habitués à aller sur internet et à trouver l’information en quelques minutes. Bien peu ont encore le dévouement et un sens suffisant de l’intérêt commun pour lancer des expérimentations qui durent dix ans ou plus.

Le tableau ci-dessous résume la méthode proposée pour la sélection de bons géniteurspour la production de semences de Grands dans les parcelles des agriculteurs. Cette méthode , tient compte de la composition et de la qualité des fruits.

Processus de sélection et détails techniques
par R. Bourdeix, V. Kumar et V. Mataora, 2018

1
Sélectionnez la ferme et enregistrez des informations sur les agriculteurs et sa ferme
Utilisez le formulaire: “ Système de semences de noix de coco - 1 - Fiche technique agriculteur.pdf  Nom de famille et prénom, sexe, âge, numéro de carte d'identité, téléphone, email, le cas échéant (ou email de quelqu'un de la famille): superficie (ha) de la ferme, culture principale, seconde culture, troisième culture, nombre approximatif de cocotiers.
2
Dans la plantation, sélectionnez 20% à 30% des cocotiers, en fonction des aspects visuels et des indications fournies par le paysan et les autres travailleurs agricoles, le cas échéant.
Utilisez les deux formulaires suivants: “ Système de semences de noix de coco - 2 - Feuille de localisation des cocotiers.pdf ” et “ Système de semences de noix de coco - 3 - Fiche de caractérisation des cocotiers.pdf ”.Sélectionnez des cocotiers avec beaucoup de régimes chargés en fruits; éviter les valeurs extrêmes de la circonférence du tronc et de la croissance verticale par rapport à la moyenne de la population. Le choix de l'agriculteur doit également être pris en compte. Parfois, les ouvriers agricoles connaissent les cocotiers bien mieux que le fermier lui-même, alors ne les oubliez pas.
3
Marquez les cocotiers avec une bande jaune de 3 cm peinte à 180 cm du sol et avec un numéro d'identification sous cette bande
Il s’agit d’une marque temporaire des cocotiers présélectionnés. La numérotation peut être, par exemple : A18VK001 pour le premier cocotier marqué en 2018 dans la ferme A par Vijen Kumar. Doublez cette marque pour les cocotiers dotés de caractéristiques spéciales, le cas échéant.
4
Récoltez au moins 10 fruits mûrs et deux noix à boire sur les cocotiers présélectionnés et marquez-les avec le numéro du cocotier
A faire avec ou sans grimpeurs en fonction de la hauteur des cocotiers. Les fruits mûrs doivent être complètement secs, avec l’épiderme de couleur brun grisâtre mais avec de l'eau à l'intérieur (clapotement), sans maladie apparente ni blessure. Récoltez les noix à boire au stade optimal, en fonction des pays (amande de 2 à 6 mm d'épaisseur selon les cas, mais toujours présente).
5
Pour chaque cocotier, sélectionnez deux fruits mûrs d'aspect moyen et deux noix à boire; avec une balance portable, effectuez une analyse des composants sur ces fruits.
A faire dans les champs. Pour les fruits mûrs, « choisissez et remplissez l'une des deux formes suivantes: “Système de semences de noix de coco - 4 - Analyse des fruits mûrs - Méthode 1 (complète) pdf ” ou “ - 5 - Analyse des fruits mûrs - Méthode 2 (alimentation des porcs) pdf  Pour les jeunes fruits, utilisez le formulaire “Système de semences de noix de coco - 6 - Analyse du fruit du vermine - Méthode polynésienne“. Si possible, prenez des photos de fruits sélectionnés avec un appareil photo ou un téléphone équipé d'un GPS; cela vous aidera à enregistrer la latitude et la longitude.
6
Utilisez la feuille de données Excel: "SPC-CIDP-PRAG07 Parent palm selection.xls  "avec ses sept feuilles (onglets visible en bas de page).
7
Calculer les indices de qualité des fruits (il y a des formules déjà enregistrée dans la feuille Excel)
Indice de qualité des fruits à maturité: poids de l’amande/poids du fruit entier sans eau libre: les valeurs les plus élevées sont les fruits à bourre mince et amande épaisse, et souvent des fruits de taille moyenne. Indice de qualité des jeunes fruits: poids de l’eau divisé par le poids du jeune fruit entier. Les jeunes fruits avec beaucoup d'eau et une enveloppe fine sont généralement préférés.
8
Utiliser les données du fichier Excel pour sélectionner les 10% meilleurs cocotiers de la plantation (parmi les 1/3 de cocotiers présélectionnés et observés dans la plantation)
Parmi les cocotiers présélectionnés, nous recommandons de commencer par éliminer les 5% de cocotiers avec les fruits les plus lourds et les 10% de cocotiers avec les fruits les plus légers. Il s’agit souvent de fruits pas bien secs ou malades. Sélectionnez ensuite des valeurs élevées de l’indice de qualité du fruit et d’autres caractéristiques favorables.
9
Pour chaque cocotier sélectionné, préparez un sac de semences, écrivez le numéro du cocotier sur le sac et envoyez-le à la pépinière.
Dans certain cas, un test en pépinière permettra de vérifier si certains des cocotiers choisis sont ou non  des hybrides de descendants d'hybrides. La sélection finale exclura ces cocotiers. Les bons semis qui résulteront de cette sélection pourront être les les premiers à être diffusés auprès des agriculteurs. A noter que dans le cas de la Polynésie Française, ou l’hybride est à base de Nain Vert et non de Nain Rouge comme à Fidji, cette méthode ne fonctionne pas. Ceci donne un argument de plus pour éviter les hybrides de Nain Vert.
10
Faites en sorte que les noix cultivées poussent et germent dans des petits germoirs séparés étiquetés selon la ferme, l'agriculteur, les dates et les numéro des cocotiers, et vérifiez la présence de germes jaunes ou rouges
Utilisez le formulaire: “ Système de semences de cocotier - 7 - Test en pépinière pour l'élimination des hybrides ”. Si la cocotier est de couleur marron ou verte et s'il y a des pousses jaunes ou rouges dans sa descendance, le cocotier est probablement un hybride Nain x Grand ou une descendance hybride. Éliminez-le des cocotiers sélectionnés si sa descendance compte plus d'un germe jaune ou rouge ; sauf si le cocotier a des caractéristiques très spéciales telles que la jeune bourre comestible.
11
Mettre à jour le fichier Excel en tenant compte du test en pépinière
Le résultat final devrait être de préférence une sélection de 10% des cocotiers de la plantation et de 20% à 30% des cocotiers présélectionnés et analysés.
12
Marquez tous les cocotiers sélectionnés avec une bande de 15 cm peinte en rouge sur la bande jaune
Marquage permanent avec peinture durable et étiquettes en aluminium clouées du côté est de la tige à 1,80 cm du sol.
13
Effectuez la vérification finale des données et envoyez une copie du fichier Excel aux services de vulgarisation, aux services de recherche et au conservateur de la banque de gènes nationale, le cas échéant.
La transmission enregistrée officielle aide les données à être sécurisées et dupliquées.


Conseils supplémentaires.
Si la cocoteraie est constituée d'une variété spéciale, rare ou introuvable ailleurs, il est conseillé de maintenir et de reproduire séparément cette variété. Si la plantation est constituée d'une variété commune, partagée par de nombreux agriculteurs du village ou du pays, il est conseillé de diversifier les sources de semences. Par le passé, certains agriculteurs polynésiens ont pu récolter de nombreuses semences dans les mêmes cocoteraies et les planter à proximité les unes des autres; il est donc très probable que, dans certaines plantations, les cocotiers plantés les uns à côté des autres sont des demi-frères ou des plein-frères. Afin de limiter la dépression de consanguinité (croisements entre demi-frères ou plein-frères), lors de la plantation d'un nouveau champ, il est conseillé de se procurer des semences provenant de différents endroits, tels que différentes plantations de cocotier ou différentes zones dans la même grande plantation.
Les variétés de Grand se reproduisent principalement par croisement, mais l'auto-fécondation survient régulièrement durant les périodes où l'émission d'inflorescence est la plus rapide. L’un des principaux défis de la production de semences consiste à éviter les semences issues d’autofécondation, car la dépression de la consanguinité entraînera une réduction du rendement de 20 à 30%.
Ainsi, les semences récoltées au moment où le taux d'émission des inflorescences est le plus lent donnent un rendement supérieur à la moyenne. A quelle période ou saison le taux d'émission des inflorescences des cocotiers est-il le plus bas? Ceci doit être vérifié, mais probablement pendant ou à la fin de la saison sèche. Le taux d'autofécondation augmente avec le rythme de l'émission d'inflorescence et la production de régimes. Ce rythme dépend de la vigueur individuelle des cocotiers et des conditions climatiques. Lorsque vous sélectionnez des cocotiers performants dans les meilleures parcelles, vous pouvez sélectionner des cocotiers ayant une tendance plus élevée à l'autofécondation. En conséquence, leur progéniture souffrira d'une dépression de consanguinité entraînant une baisse de productivité.

Lien avec les pratiques traditionnelles
Ci-dessous est présenté un court film sur la méthode utilisée par un vieil agriculteur sur l'île d'Atiu, dans l'archipel de Cook. Ce film semble important pour au moins deux raisons:
Il s'agit du premier cas documenté en Polynésie où un agriculteur plante de nombreux cocotiers et éliminé les moins productifs. La plupart des agriculteurs du Pacifique sont généralement très conservateurs et, une fois qu'un cocotier est planté, ils le conservent longtemps, que ce soit un bon ou un mauvais producteur. En plaisantant, on pourrait dire que la plupart de ces agriculteurs considèrent les cocotiers comme des membres de leur famille. Ce film montre que, au moins dans certains cas, les agriculteurs appliquent l’une des techniques que nous recommandons sur nos sites Web: planter plus de cocotiers et éliminer ceux qui ne produisent pas bien.
Nous avons été agréablement surpris de constater que cet agriculteur applique les critères de sélection des fruits similaires à ceux développés dans la méthode que nous proposons. Il existe une scène dans laquelle le producteur jette les plus gros fruits et ne conserve que ceux avec une bourre mince et une grosse noix de coco à l'intérieur. Notre méthode est donc finalement bien liée à certaines pratiques traditionnelles. C'est agréable et rassurant, car nous ne connaissions pas le lien avec les pratiques traditionnelles au moment où nous avons développé cette méthode. Beucoup d’agriculteurs polynésiens (et même d’agents de l’agriculture) se contente de sélectionner de gros fruits sans s’intéresser à leur composition.

A propos des différentes méthodes de sélection massale
La majorité des cocotiers dans le monde est issue d'une sélection massale effectuée de manière informelle par tous les producteurs. À la fin du XIXe siècle, de grandes plantations ont été créées en important des fruits d'une région réputée pour sa production (Ziller 1962). Dans la plupart des cas, les graines étaient sélectionnées en fonction de leurs caractéristiques: certains préféraient les fruits gros et lourds (Zuniga, 1969), d’autres les fruits de taille moyenne, de préférence de forme ronde (Apacible, 1968). La structure génétique des populations de cocotier a été modifiée par ces sélections successives basées sur les caractéristiques du fruit.
Du point de vue de l'obtenteur, il existe trois variantes de sélection de masse, basées sur le système de reproduction utilisé - sélection massale par fécondation libre, fécondation croisée ou autofécondation (Bourdeix, 1988).
La sélection massale en fécondation libre a été la méthode la plus pratiquée. L'avantage de la méthode est sa simplicité; les semences sont récoltées sur des géniteurs qui présentent des caractéristiques attrayantes à un moment donné ou pendant une période donnée. Les descendances issues de fécondation libre constituent la base d'une population améliorée qui sera ensuite soumise à d'autres cycles de sélection. Cette méthode conduit à des résultats variables. Même dans les cas les plus favorables (amélioration du rendement de seulement 14% par cycle), la sélection drastique nécessaire pour obtenir une amélioration réduit considérablement le potentiel de production de semences. Une génération de multiplication est inévitable. Il est donc préférable d’utiliser cette génération pour évaluer les parents en fonction des performances de leur progéniture. Le seul avantage de la sélection de masse utilisant la fécondation libre est sa simplicité.
La sélection massale par inter croisement semble plus efficace, car elle permet une sélection sévère des pollinisateurs tout en conservant un potentiel de production de semence important, grâce à une sélection moins sévère des cocotiers utilisés comme géniteurs femelles. Cette méthode a été appliquée au Vanuatu. La sélection en masse par autofécondation induit une dépression de consanguinité et n'est pas recommandée pour la production de semences.
Une étude sur la sélection massale en fécondation libre a été menée il y a longtemps en Afrique (Bourdeix, 1988). Il semble que, si l’on sélectionne 5% des cocotiers, les meilleurs processus de sélection ne puissent générer que 14% de progrès par génération. Ce gain est obtenu seulement lorsque des critères de sélection appropriés sont appliqués, après avoir enregistré la production et la composition des fruits pendant 4 années complètes, et lorsque 5% seulement des cocotiers sont sélectionnés pour produire la génération suivante.
Une autre conclusion de cette étude est qu'il existe de fortes corrélations génétiques et environnementales entre le nombre de fruits et leur poids. Attention, si vous sélectionnez uniquement les noix grosses et lourdes, vous réussirez à augmenter la taille des fruits de la descendance, mais vous réduirez également ses rendements en terme de poids d’amande, de coprah et d'huile par hectare. Vous obtiendrez une progéniture produisant un nombre réduit de gros fruits. Le mieux est de sélectionner pour le nombre de fruits et l'indice de qualité des fruits - fruits moyens à bourre mince et amande épaisse.
Les études sur l'efficacité de la méthode de sélection massale en fécondation libre se caractérisent par des résultats assez divergents (amélioration de 0 à 14% par cycle). Dans les années 1960 à 1990, ce point a été la principale controverse scientifique dans le monde de la recherche sur le cocotier. La divergence des résultats peuvent trouver son origine dans une particularité du régime de reproduction des cocotiers de type Grand. Bien que ces derniers soient préférentiellement allogames, ils s’auto fécondent parfois. Le taux d’autofécondation augmente avec le rythme de l'émission des d'inflorescence et la production de régimes Ce rythme dépend de la vigueur individuelle des cocotiers et des conditions climatiques. Lorsque vous sélectionnez des cocotiers performants dans les meilleures parcelles, vous pouvez sélectionner des cocotiers ayant une tendance plus élevée à l'autofécondation. En conséquence, leur progéniture souffre d'une dépression de consanguinité entraînant une baisse de productivité. Le rythme d'émission de l'inflorescence varie également avec les saisons, de même que le taux d'autofécondation, et le résultat de la sélection peut être différent, par exemple, selon que vous récoltez les semences en Janvier ou en Juin !
Dans la plupart des îles du Pacifique, les cocotiers sont sélectionnés uniquement sur leur aspect visuel. De 30 à 80% d’entre eux sont utilisés pour produire la génération suivante. Très probablement, ces méthodes ne génèrent aucun progrès génétique – les descendants ont la même valeur que les parents, ni plus, ni moins.
La sélection effectuée au stade de la pépinière est également très importante. Les plantules dérivées d’autofécondation sont généralement moins vigoureuses que les autres. Il est probable que la sélection au jeune effectuée traditionnellement par les agriculteurs dans leurs champs ou leurs pépinières a pour effet d'éliminer une partie importante des plants issus d’autofécondation, bien que cela n'ait jamais été encore démontré. La pire situation pourrait être lorsque toutes les semences germées sont remises aux agriculteurs car la demande de matériel de plantation est supérieure à la capacité de production. Une telle situation se produit parfois dans les projets de développement, où une planification trop ambitieuse peut mener à des calendriers de livraison surchargés.

Références
Apacible, A.R. (1968). Selection of coconut. Sugar news (Philippines). 44: 93-98.
Bourdeix, R. (1988a). Efficacité de la sélection massale sur les composantes du rendement chez le cocotier (Effectiveness of mass selection based on yield components in coconut). Oléagineux (France). 43, 7: 283-295.
Bourdeix R. (1999). Coconut selection and breeding. Pp. 117-196 in Modern Coconut Management (J.G. Ohler Ed). Intermediate Technology Publications, FAO, Universeteit Leiden.
Labouisse J.P., Sileye, T., Morin, J.P., Hamelin, C., Baudouin, L., Bourdeix, R. and Rouzière, A. (2004). Coconut (Cocos nucifera L.) genetic improvement in Vanuatu: Overview of research achievements from 1962 to 2002. OCL 11. (4): 354-61.
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Ziller, R. (1962). La sélection du cocotier dans le monde (Coconut selection throughout the world). Oléagineux (France). 17(11): 837-846.
Zuniga, L.C., Armedill, A.L. and de Gala, D. (1969). Maternal and paternal selection on coconut. Philippine Journal Plantation Industry.  (34): 9-16. 

Le concept Polymotu pour la conservation des variétés traditionnelles et l production de semences de cocotier

Par R. Bourdeix, 2018

Des savoirs traditionnels polynésiens aux stratégies de conservation modernes
Le concept Polymotu consiste à utiliser l'isolement géographique de sites spéciaux pour la conservation et la reproduction de variétés individuelles de cocotiers, d'autres espèces végétales ou  même d'animaux. En combinant les pratiques polynésiennes ancestrales aux récents progrès réalisés dans les sciences sociales et biologiques, une stratégie rationnelle de conservation des ressources génétiques et des connaissances traditionnelles associées pourrait être mise en œuvre.
Les contraintes de la conservation du cocotier ex situ (dans des collections au champ classiques) sont expliquées ci-dessous. Le concept alternatif de conservation Polymotu est ensuite décrit dans une optique de gestion multifonctionnelle du paysage.
Dans les collections ex situ, les variétés et populations de cocotier sont conservés sous forme d'accessions, généralement plantées proches les unes des autres dans les mêmes champs. Chaque accession compte généralement entre 75 et 100 cocotiers du même cultivar. Pour la reproduction des accessions dans des banques de gènes ex situ, la technique de pollinisation contrôlée avec ensachage de l'inflorescence est utilisée (Konan et al. 2008). Pour les cocotiers, cette technique est très coûteuse. Cela nécessite un laboratoire bien équipé, des techniciens bien formés, capables de faire l'ascension des palmiers et une main-d'œuvre considérable. Toutes les banques de gènes ne peuvent pas se permettre cela.
La durée de vie de telles accessions n’est que de 25 à 30 ans. Après cette période, la plupart des variétés de noix de coco non naines atteignent 15 m de haut ou plus. A ce stade, il devient difficile de grimper les palmes. Il est donc nécessaire de rajeunir les accessions avant que les inflorescences ne deviennent inaccessibles. Dans la banque de gènes africaine de Côte d'Ivoire, les travailleurs utilisent des triples échelles coûteuses pouvant atteindre une hauteur de seulement 14 mètres. Dans de nombreux autres endroits, les palmiers sont principalement montés manuellement, ce qui est risqué. Les programmes de rajeunissement nécessitent l'ascension d'environ 75 paumes chacune environ 15 à 20 fois. La production des 200 graines demandées pour la duplication de la seule accession exigera une préparation d'un an et demi; et cela coûtera plus de 1 600 USD dans un contexte de bas salaires en Côte d'Ivoire. Seuls les scientifiques disposant de budgets de recherche sains peuvent se permettre de commander des variétés de banques de gènes classiques de la noix de coco ex situ. Presque tous les agriculteurs ne peuvent pas se permettre cela.

Alternativement, les cocotiers peuvent être plantés en isolement géographique et reproductif, comme les anciens polynésiens l'on fait dans les conservatoires traditionnels situés à Tonga et aux Îles Salomon. Par exemple, lorsqu'une petite île isolée est plantée avec une seule variété de cocotier, la reproduction n'a lieu qu'au sein de cette variété et des graines certifiées sont produites naturellement pour les agriculteurs. 
De cette façon, les contraintes liées aux hauteurs et aux âges des paumes sont supprimées. Au lieu de grimper dans les palmiers pour effectuer une pollinisation contrôlée, il suffit d'attendre que la noix de coco tombe naturellement au sol. La pollinisation ouverte fournira des graines conformes au type et bon marché. Ainsi, la même accession peut être conservée tant qu'un nombre suffisant de palmiers reste en vie sur le terrain. Dans la plupart des cas, la durée d'une accession à la noix de coco sera ensuite étendue à 75 à 100 ans. Même si certains des paumes meurent, il n’est pas nécessaire de supprimer le reste, comme dans une banque de gènes classique. Les paumes mortes peuvent être remplacées par de nouvelles, sans enlever les paumes anciennes restées en vie. L'extension de la durée de vie d'une accession à la noix de coco de 25-30 ans à 75-100 ans représente une économie considérable de temps, de main-d'œuvre et d'argent.
La pratique polynésienne utilisée par le conservatoire traditionnel consiste à ne planter qu'une seule variété de noix de coco sur chaque petite île. Cette pratique a servi de base à la définition d'un nouveau concept de conservation appelé Polymotu. Vous trouverez de nombreuses informations sur ce concept et sa mise en oeuvre sur le site Webdu concept Polymotu . Comparé au modèle polynésien initial, le concept Polymotu a évolué de plusieurs manières (Bourdeix et al. 2012b):
Les sites ont été étendus à n’importe quel endroit où l’isolement reproductif peut être obtenu; Il peut s’agir d’îles, mais aussi de petites vallées isolées, de villes ou d’aménagements intérieurs dotés de barrières à pollen constituées de cocotiers ou d’autres espèces d’arbres, qu’ils soient sauvages (forêt) ou cultivés (caoutchouc, palmier à huile, etc.).

Représentation de l'île de Nuusafe’e
Aménagée avec trois variétés
de cocotier
Les espèces conservées peuvent être le cocotier, ainsi que d’autres espèces de plantes ou même d’animaux; En Polynésie, il est envisagé de conserver des variétés de kofai (Sesbania coccinea subsp. Atollensis) et de crabe des cocotiers (Birgus latro) sur les mêmes îles que les cocotiers pour une économie d’échelle.
Il est recommandé de planter jusqu'à trois variétés de noix de coco sur le même site et d'identifier les différents types de plantules à l'aide de marqueurs phénotypiques au stade de la pépinière. Ainsi à Samoa, une variété verte de cocotier Grand et deux Nains Rouges ont été plantés ensemble afin de conserver les grands et les nains et de produire des semences d'hybrides de Nains et de Grands pour les agriculteurs.
Les programmes de conservation (des aires protégées et des ressources phytogénétiques) évoluent souvent de la même manière, en commençant par porter attention portée à une seule espèce et en élargissant à des stratégies écosystémiques impliquant la participation des populations locales (Orlove et al, 2010).

Dr Bourdeix, Dr Valerie Saena Tuia and Alofa Leuluaialii sur l'île de Nuusafe’e à Samoa
Discutant l'aménagement de l'île selon le concept Polymotu
Références
Peterson, N. D., Broad, K., Orlove, B., Roncoli, C., Taddei, R., & Velez, M. A. (2010). Participatory processes and climate forecast use: Socio-cultural context, discussion, and consensus. Climate and Development, 2(1), 14-29.
Bourdeix, R., Johnson, V., Tuia, S., Kapé, J., & Planes, S. (2013). Traditional conservation areas of coconut varieties and associated knowledge in Polynesian islands (South Pacific Ocean).

Recommandations du réseau COGENT sur le matériel de plantation

Créé en 1992, le Réseau International des Ressources Génétiques du Cocotier (COGENT) vise à renforcer la collaboration internationale en matière de conservation et d'utilisation des ressources génétiques du cocotier; à promouvoir l'amélioration durable de la production du cocotier et à renforcer les moyens de subsistance et les revenus des acteurs de la filière dans les pays en développement. Du 8 au 10 juillet 2012, COGENT a organisé sa 16ème réunion du comité de pilotage à Cochin, en Inde. Le Comité Directeur et les représentants de la filière cocotier participant à la réunion ont adopté la recommandation internationale suivante.

Considérant que:

Malgré l'énorme potentiel de cette culture, les producteurs de cocotier ont souvent des revenus insuffisants, parfois sous le seuil de pauvreté. Environ 96% des 10 millions d'agriculteurs, qui cultivent le cocotier sur 12 millions d'hectares dans le monde, sont des petits exploitants dont la superficie de plantation est inférieure à quatre hectares. 
L'industrie est confrontée à un renouveau important et à une diversification des produits du cocotier. À l’avenir, certaines variétés traditionnelles en voie de disparition pourraient être vitales pour développer de nouveaux produits et marchés et pour améliorer les moyens de subsistance des agriculteurs. 
Les connaissances techniques des agriculteurs concernant le système de reproduction des cocotiers et l'utilisation de marqueurs génétiques, tels que la couleur des germes en pépinière, constituent un facteur clé pour la sélection. 
Les connaissances traditionnelles et techniques des agriculteurs et des autres acteurs de la filière sur la sélection du cocotier et son système de reproduction ne sont pas suffisamment évaluées au niveau mondial. Mais ces connaissances techniques doivent certainement être améliorées. Par exemple, en Polynésie Française, au moins 80% des agriculteurs ne savent pas que chaque cocotier produit à la fois des fleurs femelles et des fleurs mâles. 
Les agriculteurs et les agricultrices, les entreprises privées, les membres d'ONG et les organisations à base communautaire peuvent facilement être formés à produire de façon autonome du bon matériel de plantation.

COGENT recommande que: 

  • Les décideurs aux niveaux local, national et international, adoptent des portefeuilles efficaces de stratégies et de directives pour la conservation et l'utilisation durable des ressources génétiques du cocotier. Ceci répondra aux besoins des acteurs de la filière, hommes et femmes, en particulier pour garantir à la fois la conservation variétale et une disponibilité effective d'un bon matériel végétal pour la replantation. 
  • Les Services nationaux de l'agriculture et les sélectionneurs laissent aux agriculteurs un rôle primordial dans le choix des variétés qu'ils cultivent; et envisagent de déconseiller aux agriculteurs de cultiver une seule variété de cocotier, qu'elle soit de type Grand, Hybride, Nain ou autre. 
  • Au niveau national, les producteurs de semences et les services agricoles devraient fournir aux agriculteurs une gamme d’au moins six variétés différentes de cocotiers, y compris les variétés Grands, hybrides, Nains et, éventuellement, composites; et ces services devraient expliquer aux agriculteurs la spécificité de chaque variété en matière d'adaptation environnementale et de pratiques culturales. La plupart des agriculteurs choisiront de planter plus d'une variété. 
  • Les acteurs locaux (agriculteurs et agricultrices, entreprises privées, ONG et OC) devraient participer davantage à la fourniture de matériel génétique de qualité. Les agriculteurs et autres acteurs peuvent apprendre comment produire de manière autonome des semences de qualité, de type hybrides ou autre, en utilisant le concept Polymotu ou toute autre méthode adaptée. 
  • Il est important d'évaluer les connaissances des agriculteurs concernant la biologie de la reproduction du cocotier et l'utilisation de marqueurs génétiques tels que la couleur des germes, qui servent à la sélection en pépinière.
  • Enfin, COGENT recommande de développer une stratégie de communication afin d'accroître les connaissances des agriculteurs en matière de biologie de la reproduction du cocotier et de méthodes de sélection. Cette stratégie devrait être basée sur des outils de formation, des films didactiques, des communications médiatiques et une approche de commercialisation des ressources génétiques du cocotier.

Comment produire des Grands, des Nains et des Hybrides, dans la même plantation!

Par R. Bourdeix, L. Perera, RL Rivera, V. Saena-Tuia et L. Masumbuko 

La troisième recommandation adoptée lors de la réunion du comité directeur du réseau COGENT en 2012 était d'encourager les acteurs de la filière (agriculteurs et agricultrices, entreprises privées, ONG et Organisations professionnelles) à s'impliquer davantage dans la fourniture de matériel de plantation de qualité et d'enseigner aux agriculteurs et aux autres parties prenantes comment produire de manière autonome. des semis de qualité d'hybrides et d'autres variétés, utilisant le concept Polymotu ou toute autre méthode adoptée (Bourdeix et Allou, 2012a).
Bien que certaines initiatives récentes aient été lancées, il convient de souligner et de promouvoir davantage le lien entre la production de matériel de plantation et la conservation in situ des variétés. Dans le cas du cocotier, les politiques en matière de production de semences peuvent être classées en quatre catégories:
  1. Monopole: toutes les semences de cocotier disponibles sont officiellement vendues ou données par l’institution nationale responsable; d’autres échanges de semences se produisent bien sûr entre agriculteurs, mais ils sont considérés comme faisant partie du système traditionnel et informel sans aucun lien avec les institutions de Recherche et Développement (R&D). Une telle situation existait, du moins jusqu'à récemment, au Vanuatu et en Côte d'Ivoire.
  2. Conception centralisée: comme c'est le cas au Sri Lanka, une partie importante des semences est collectée auprès des agriculteurs, puis certifiée par l'institution nationale et diffusée à d'autres agriculteurs.
  3. Conception mi-centralisée: les graines sont également produites et vendues par les agriculteurs, mais ces derniers bénéficient des conseils et de la certification des institutions nationales.
  4. Conception privée: les semences sont produites par des acteurs privés de la filière sans aucun lien avec les institutions nationales de R&D.
Nous pensons que les options 2 et 3, dans lesquelles les agriculteurs, les chercheurs et les autres parties prenantes interagissent, sont les plus efficaces en termes de conservation et d'utilisation de la diversité génétique. On peut enseigner aux agriculteurs comment produire dans leurs champs des variétés traditionnelles et des hybrides modernes. La plupart des variétés traditionnelles de Grand sont généralement de couleurs variées, produisant notamment des fruits verts et bruns. Nous supposons que, dans une telle population, un cocotier aux fruits verts croisé avec un autre cocotier aux fruits verts donne toujours une descendance au fruits verts. Les figures ci-dessous illustrent une méthode possible pour transformer une partie du champ d'un agriculteur en un tel jardin de semences en utilisant à la fois des marqueurs génétiques de couleur et les spécificités du paysage fournissant des zones tampons servant de barrières polliniques.

Les différentes étapes sont les suivantes:

1) Au début, le champ est planté de cocotiers bruns, verts-bruns et verts issus d'une variété de grand traditionnelle. 

2) Couper tous les cocotiers bruns et et vert-brun et ne garder que ceux de couleur verte. 



3) Planter une variété de cocotier Nain Rouge et des cocotiers verts pour remplacer les cocotiers supprimés. Commencer à collecter des données sur les anciens cocotiers verts restants, en réalisant des analyses de fruits si possible pendant environ deux ans.

4) Deux ans plus tard, lorsque les premiers nains seront proches de la floraison, et en fonction du résultat des analyses de fruits, supprimer au moins la moitié des Grands de couleur verte et ne gardez que les meilleurs, ceux produisant de nombreux fruits à la bourre mince et à l'amande épaisse. 

5) Planter à nouveau des nains rouges et/ou une sélection de Grand verts dans les espaces disponibles. 


Les étapes 1 et 2 peuvent être réalisées successivement ou de manière plus progressive: pour des raisons économiques, il pourrait être envisagé de planter d'abord les nains sous les Grands existants, et d'éliminer les Grands bruns et vert-brun un ou deux ans seulement. plus tard, lorsque le nain sera proche de la floraison. 

Cette conception a été  d'abord imaginée en utilisant comme parent le Nain Rouge Malais, une variété fortement autogame. Pour produire des semences hybrides, cette variété naine doit être émasculée. D'autres variétés de nain rouge pourraient également être utilisées à la place de celui originaire de Malaisie. Certaines variétés intéressantes sont les Nains Rouges Compact récemment découvert en Polynésie française et à Fidji. En utilisant certain de ces nains (plus allogames), on peut espérer qu’il produiront au moins 50% de semences hybrides sans faire d’émasculation; une telle économie de main-d'œuvre pourrait permettre de réduire fortement le coût des semences hybrides de cocotier. Les semences germées de Nain Rouge et de Grand Vert seront aussi proposées aux agriculteurs et aux jardiniers.

Références
R. Bourdeix, L. Perera, RL Rivera, V. Saena-Tuia et L. Masumbuko. 2016. Communautés mondiales du cocotier: statut et stratégies de gestion et d'utilisation de la diversité in situ. Communication au troisième symposium international sur la recherche et le développement du Cocotier, CPCRI (Institut Central de Recherche sur les Cultures de Plantation), Kasaragod, 10-12 décembre 2016.