Fakarava
Ce site présente des informations collectées sur les cocotiers de Polynésie française au cours de quatre missions scientifiques soutenues depuis 2006 par les institutions suivantes: La Direction de l'Agriculture de Polynésie française, le Cirad, le Criobe, le pôle d'innovation Tahiti Fa'ahotu, le Secrétariat de la Communauté du Pacifique Sud, Diversiflora Expertise et l'association Te Reo o te Tuamotu.
Nain Compact Jaune à folioles soudées de Rangiroa
En 2021, il existait à Rangiroa un unique et magnifique Nain Compact Jaune à folioles soudées qui n’a pu être collecté et décrit car aucun fruit mature n'était disponible. Cette variété mériterait d'être sauvegardée et multipliée. Elle semble particulièrement décorative et originale pour les jardins et n'a jamais été observées sous cette forme (folioles soudées lorsque les feuilles sont jeunes) dans d'autres pays.
Cocotiers dont les jeunes fruits changent de couleur
Par R. Bourdeix, Mai 2021
Certains cocotiers ont des jeunes fruits qui changent nettement de couleur avant de se dessécher, passant d'une couleur verte à une couleur brune orangée soutenue, avant de prendre la couleur beige clair caractéristique de la maturité. La plupart des autres cocotiers passent directement du vert au beige ou du brun au beige sans montrer cette couleur intermédiaire.
| Cocotier aux fruits changeant de couleur sur l'attoll d'Aratika |
Nain Vert de Fakahina
Conservation et diffusion
En 2021, un seul cocotier adulte de ce type a été observé
sur l’atoll de Fakahina. Les caractéristiques extraordinaires de ses fruits lui
valent de figurer dans ce catalogue. Cette variété pourrait s’avérer
particulièrement précieuse, notamment pour la production de semences hybrides
et de noix de boisson. Elle est fortement menacée de disparition et devrait
être multipliée et sauvegardée le plus vite possible.
Origine et histoire
Selon un informateur du village, l’unique cocotier de cette
variété daterait de 2005 et aurait été « planté par les crabes ».
Cette expression signifie que la noix serait tombée dans un des trous réalisés
par des crabes de terre, et aurait poussée sans acte humain de plantation.
Aucun des cocotiers aux alentours ne ressemble pourtant à celui là. Les
occupants de la maison à proximité disent ne rien savoir de la provenance de ce
cocotier.
Il n’existe aucune certitude concernant l’histoire et
l’origine de cette variété. Il pourrait s’agir d’une descendance de l’hybride
créé à Raiatea (Nain Vert Brésil x Grand Rangiroa); d’une mutation apparue
localement ; ou d’un croisement complexe, mélange sur plusieurs générations
faisant intervenir des nains (peut être du type Papua) et des Grands. L’analyse
de son ADN permettrait, peut-être, d’en savoir plus. Il existe une très faible
probabilité que ce cocotier soit en fait un Grand qui aurait extrêmement mal
poussé et dont le tronc aurait, par un hasard peu commun, pris la conformation
et les mensurations observées sur les nains à troncs fin.
Comment l’identifier ?
Les feuilles diffèrent nettement de celles des nains
compacts : elles sont plus longues, plus souples et présentent des
folioles plus étroites et plus longues. Les inflorescences sont plus amples et
présentent un long pédoncule, qui diffèrent de la plupart des nains sauf
peut-être les Ha’ari Papua. Le tronc ressemble à ceux des Nains à Troncs Fins
ou Papua, sans le bulbe basal souvent rencontré chez les Nains Compacts. Les
fruits, ronds et à bourre très fine, ne ressemblent à aucun de ceux des autres
variétés de Nain observées pour l’instant en Polynésie française.
Production et rendement
|
Grâce à ses extraordinaires fruits, ce Nain pourrait jouer
un rôle dans la production d’eau à boire, éventuellement dans la production
de coprah, et surtout dans la production de semences hybrides destinées aux
copraculteurs. L’amande se détache avec une grande facilité de la coque. Les
noix vertes pèsent environ 1 800 g et donnent 500 à 600 ml d’une eau
sucrée et agréable à boire. Le poids d’amande des noix matures varie entre
400 et 600 g. Pour une amande de 565g, le poids de la coque et de la bourre
ne représentait que 460g, soit seulement 81% du poids d’amande! A notre
connaissance, aucun autre cocotier Nain dans le monde ne fournit un
« emballage » naturel aussi léger et optimisé... |
A Fakahina, il a été conseillé d’aménager une plantation
d’environ deux hectares en ne gardant que les meilleurs cocotiers grands de
couleur brune, et de planter en dessous une cinquantaine de ces extraordinaires
Nains Verts. Ce champ semencier produira trois types de semences : Nain,
Hybride et Grand, qui pourront être identifiés pour la plupart grâce à la
couleur du germe des semences.
NV Kauehi
Nain Vert
Conservation et diffusion
Deux arbres de cette variété ont été tout d’abord été
repérés en 2011 à Tahiti, sur un talus côté montagne, non loin de l’église
Saint Pierre Chanel de Tiarei. Le propriétaire était absent et le gardien des
lieux n’a pas autorisé le prélèvement d’échantillons. Heureusement, en 2021,
deux autres arbres ont ensuite été identifiés sur l’atoll de Kauehi, et un à
Moorea. Cette variété de nain à tronc fin, qui produit des fruits verts
joufflus et pointus, n’a pas d’équivalent connu dans les collections
internationales du réseau COGENT. Elle est menacée de disparition et devrait
être multipliée et sauvegardée le plus vite possible.
Origine et histoire
L’origine de cette variété reste imprécise. Les deux arbres
présents à Kauehi auraient été importés de Tahiti. Toutefois les circonstances
exactes de cette introduction restent floues. Comment cette variété a-t-elle
été créée ? Il pourrait s’agir de la descendance d’un croisement entre un
Nain Compact et un Nain à tronc fin (par exemple type Nain Vert Brésil) ;
ou de la descendance du croisement entre un Nain Compact et un hybride de type
Nain x Grand ; ou encore d’une variété ancienne dont il ne subsiste que
quelques rares exemplaires. Une analyse ADN permettra probablement d’obtenir
plus d’information sur l’origine de cette variété.
Comment l’identifier ?
Cette variété se
caractérise par des fruits pointus d’une couleur verte moyenne, qui se
terminent par un téton bien marqué qui reste vert plus longtemps que le reste
du fruit (voir photo ovale). Comme les nains verts du Sri Lanka ou Brun de
Papouasie, cette variété réagit fortement aux conditions environnementales.
Elle peut produire d’assez gros fruits ronds à bourre fine, mais dans de
mauvaises conditions, ces fruits adoptent une forme plus allongée, avec une
noix plus petite et une plus forte proportion de bourre. A l’intérieur du
fruit, la noix est ronde dans de bonnes conditions et sinon ovale.
Les caractéristiques
foliaires rappellent celle des Nains Compacts, avec des folioles larges, des
feuilles courtes et rigides. En revanche le tronc ne présente pas le bulbe
basal caractéristiques des variétés de type nain Compact. Les inflorescences
sont courtes, avec les épillets distaux plus courts que ceux de la base de
l’inflorescence, comme chez les Nain Vert du Sri Lanka ou de Tacunan aux
Philippines.
Production et rendement
Le poids des fruits était en moyenne de 1 040 g mais
variait entre 940 et 1870g. L’eau de coco est agréable à boire et atteint 500
ml dans les meilleurs fruits. L’amande pèse de 265 à 565g. Sur quatre arbres
observés, la production estimée était entre 40 et 80 fruits par an, mais le
potentiel de production est probablement beaucoup plus élevé. Cette variété
semble sensible aux variations environnementales, mais elle a un bon potentiel
pour la création de nouveaux hybrides.
37. L'Hybride entre le Nain Vert du Brésil et le Grand de Rangiroa
Cet hybride a été créé en Polynésie française sur l’atoll de
Rangiroa. Il a été diffusé exclusivement en Polynésie française.
Conservation et diffusion
La Station expérimentale de Vahituri (Rangiroa) a été créée
en 1959. Les travaux qui y ont été menés par le CIRAD-CP (ex-I.R.H.O.) jusqu’en
1972, puis par le Service de l’Economie Rurale, ont permis de mettre en
évidence le bon comportement de l’hybride par rapport au Cocotier Grand local
et autres hybrides testés. Un champ semencier, situé à Raiatea, a été mis en
place en 1978 pour reproduire cet hybride et fournir des semences pour la
régénération de la cocoteraie.
Origine et histoire
Les essais conduits sur le Territoire en matière
d’amélioration génétique ont mis en évidence les avantages de cet hybride par
rapport au cocotier Grand local : grande précocité de l’hybride (entrée en
production à 3 ans 1/5 contre 5 ans 1/2 pour le Grand) et niveau de production
plus élevé, soit 2,5 à 3 tonnes de coprah/ha contre 1,5 à 2 tonnes pour le
Grand. Contrairement à beaucoup d’autres, cet hybride n’a jamais reçu de nom
spécifique, qui aurait pu être porteur d’identité et favoriser sa diffusion.
Lorsque d’autres hybrides le remplaceront, il faudra envisager de leur
attribuer un nom, si possible porteur d’identité locale.
Comment l’identifier ?
La croissance en hauteur est généralement intermédiaire
entre celles de ses parents nain et grand, avec une longueur de 10 entre-nœuds
(mesuré à partir d’un mètre du sol) de l’ordre de 40 à 70 cm. Les hybrides
présentent généralement un bulbe basal assez développé, inférieur ou parfois
égal à celui de leur parent Grand. La taille et la composition du fruit sont
assez variables, mais à un degré moindre que celui du Grand Rangiroa, qui semble
plus un mélange de variétés traditionnelles qu’une variété bien fixée. Les
cocotiers présentent, une masse foliaire importante, et des feuilles longues et
souples portant des folioles à limbe large.
Production et rendement
Cet hybride se caractérise par une bonne adaptation aux sols
coralliens, une grande précocité (première production dès l’âge de 3 ans et
1/2) supérieure à celle du cocotier grand local sélectionné, un niveau de
production élevé supérieur à 3 tonnes de coprah/ha et un bon coprah par noix de
l’ordre de 300 g. Il arrive qu’au jeune âge les régimes soient tellement
chargés que le pédoncule se rompe, ce qui provoque un avortement massif. Pour
éviter cela, on soutient les régimes les plus lourds à l'aide de bambous. En
général, ce problème ne persiste pas après l’âge de 8 ans. De quatre à six ans,
les hybrides portent généralement déjà plus d'une centaine de fruits, alors que
le Grand n’a produit au même âge que des feuilles et du tronc. Si par malchance
un cyclone survient pendant cette période, les hybrides seront plus affectés
que les Grands. Cette différence s’estompe pour disparaitre vers l’âge de 8 à 9
ans.
Autres informations
Le croisement d’un nain vert avec un Grand de couleur verte
ou brune donne des semences dont le germe est de couleur verte ou brune. Il
arrive que dans les champs semenciers l’émasculation ne soit pas parfaite, et
certaines semences sont en fait des Nain verts purs, dont les semences ont
aussi le germe vert. Dès lors, parmi les semences qui germent vert, il est
difficile de distinguer les hybrides des nains. Or le Nain Vert du Brésil,
contrairement à l’hybride, pousse mal et est peu productif sur les sols
coralliens. Dans certaines plantations supposées être des hybrides, même si
ceci est rare, on a pu observer jusqu’à 20% de nains. Ceci nous a conduit à
préconiser un autre système de champ semencier, basé sur l’utilisation d’un
nain rouge-orangé et d’un Grand de couleur verte. Dans ce nouveau système, les
hybrides germent avec une couleur brune et peuvent être parfaitement distingués
de leurs parents en pépinière. Dans les autres programmes d’amélioration à
travers le monde, aucun autre hybride diffusé aux agriculteurs n’utilise le
Nain Vert Brésil et le Grand Rangiroa comme parents.
Références
De Nucé De Lamothe, M., Rognon, F. (1986). Cocotiers
hybrides ou cocotiers Grands, un choix basé sur des résultats. Oléagineux 41.12
(1986): 549-555.
Ribier, V., Calvez, Ch., Rouzière A. (1997). Evaluation de
la filière cocotier en Polynésie française. CIRAD, Document n° CP-934,
Montpellier, France.
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| Père
et fille avec leurs hybrides dans la même cocoteraie sur l’île de Taha’a. © R. Bourdeix, 2021 |
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| Photo Joel Bulliard - Hybride planté sur les terres volcaniques fertiles de l'île de Raiatea |
Sur l’atoll de Rangiroa, les essais conduits en matière d’amélioration génétique ont mis en évidence, d’une part la grande précocité de l’hybride Nain Vert Brésil x Grand de Rangiroa par rapport au Grand local (entrée en production à 3 ans et 1/2 alors qu’il fallait attendre 5 ans et 1/2 pour le Grand), et d’autre part un niveau de production plus élevé, soit 3 tonnes de coprah/ha contre 2 tonnes pour le Grand. Le coprah par noix de l'hyride était en moyenne de 313 grammes.




