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01. Nain Rouge Compact Maria Moorea

Par R. Bourdeix et T. Oopa, 2014

Ce Nain Rouge Compact est nommé du nom d’une ancienne locataire nommée Maria, qui louait la maison et le jardin dans lequel il a été observé pour la première fois sur l’île de Moorea. A notre connaissance, il n'existe qu'en Polynésie française. Il n’est pour l’instant pas référencé dans la base de données du réseau COGENT, et n’est conservé dans aucune collection. Aucune information sur son origine n’est connue.

Conservation et diffusion

Il s’agit d’une variété extrêmement rare. En 2006, nous avions identifiés trois arbres de cette variété, seul un restait en place en 2019. Sur notre conseil, Mme Hinano Murphy en avait planté quelques-uns, elle s’est fait voler les plants puis le seul cocotier qui lui restait a été emporté par les inondations de 2018.
La variété est particulièrement intéressante car elle a une très faible croissance en hauteur, de l’ordre de dix centimètres par an. Elle est de petite taille avec des fruits plutôt ronds, dont l'eau est très agréable à boire et qui présentent en outre deux caractéristiques favorables pour la production de semences : ils sont de couleur rouge et, au jeune âge, ils présentent une coloration rose interne qui se retrouve aussi au centre des grosses racines émises par les noix en germination. La présence simultanée de deux marqueurs en pépinière – germe rouge et couleur rose à l’intérieur des racines – rend facile la reproduction fidèle au type de cette variété. En 2019, l’arbre était peu chargé mais plus de cinquante fruits, germés ou non germés, se trouvaient à sa base. L’observation de la couleur des germes indique que le cocotier s’autoféconde à environ 70%.

Cette variété devrait donner d’excellents hybrides avec par exemple des Grands de couleur verte produisant de gros fruits à bourre fine et amande épaisse. Nous conseillons de la planter directement dans des champs semenciers, en mélange avec d’autres variétés vertes et rouges. Si l’on plante cette variété dans un champ semencier avec une variété verte, toutes les semences germant rouge et ayant une couleur rose à l’intérieur des racines seront le Nain Rouge Compact ; toutes les semences germant verte seront la variété verte ; et toutes les semences germant brun seront hybrides, résultat du croisement des deux variétés. Si la variété verte est bien choisie, ces hybrides produiront 50 à 100% de plus que leurs deux parents Nain Compact et Grands.


Origine et histoire

Les variétés de Nains Compacts étaient déjà connues dans les années 1850, à Fidji, aux Tonga et à Samoa. En 1926, à Fidji, un agronome du nom de Maréchal réalisa le premier croisement entre cocotiers, en croisant le Nain Compact Niu Leka avec le Nain Rouge Malais. Nous nous ne savons pas si les étonnantes variétés Nains Compacts rouges et jaunes que l'on trouve actuellement dans les jardins du Pacifique sont des variétés traditionnelles existant depuis des siècles, ou des descendants de l'hybride créé par Marechal, puis sélectionnés pendant près d’un siècle par des centaines de jardiniers et d’agriculteurs.
Comment l’identifier ?
Il s’agit d’un nain compact de petite taille. Son stipe (tronc) présente un bulbe basal et une croissance en hauteur très lente. Le stipe fait 125 cm de diamètre à la base (20 cm du sol) et 72 cm de diamètre à un mètre du sol. Les feuilles, courtes et rigides, présentent des folioles larges. Les fruits sont ronds et d’une couleur orangée soutenue. Lorsqu’ils sont jeunes, ils présentent une coloration rose interne qui se retrouve aussi au centre des grosses racines émises par les noix en germination. 

Production et rendement

Plantée dans de bonnes conditions, cette variété pourra produire au moins cent fruits par arbre et par an. La taille des fruits semble varier selon le nombre de fruits produits, et leur poids moyen devrait osciller entre 700 et 1200g. La noix pèse de 500 à 800g. Dans les jeunes fruits, la quantité d’eau varie d’environ 300 à 500 ml et elle est très agréable au goût. Les fruits sont plus gros au jeune âge et lorsque les conditions sont favorables. Ce nain entre en production vers quatre ans.

Références

Marechal, H. (1928). Observation and preliminary experiments on the coconut palm with a view to developing improved seed for Fiji. Fiji Agricultural Journal, 1, 16-45.
Harries, H. C. (1978). The evolution, dissemination and classification of Cocos nucifera L. The botanical review, 44(3), 265-319.
Rabone, S. (1845). A vocabulary of the Tongan Language, arranged in alphabetical order: to which is annexed a list of idiomatic Phrases, Vava'u. 1856.
Pratt, G. (1862). A Samoan dictionary: English and Samoan, and Samoan and English; with a short grammar of the Samoan dialect. London Missionary Society's Press.








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Il s'agit de la variété la plus précieuse et la plus rare, dont il faudrait organiser en priorité la sauvegarde. En 2006, nous avions identifié seulement deux pieds à Moorea, qui seraient originaires d'un cocotier de Raiatea que nous n'avons pas encore pu observer. L'information nous a été fournie par Mme Maria Tautu, à Moorea, non loin du port. En 2019, il n'en reste qu'un. La variété se distingue des autres Nains Compacts Rouges par la présence de la couleur Rose interne à l'intérieur des jeunes fruits. La couleur rouge de l'épiderme et la couleur rose interne sont des marqueurs qui, en pépinière, peuvent grandement faciliter la production d'hybrides dans des champs semencier.

Les fruits sont ronds, gros pour un nain, mais leur taille peut se réduire dans le cas d'un arbre qui produit beaucoup et qui est soumis à une certaines sécheresse. Nous avons vu cet arbre deux fois, une fois en 2006 et l'autre en 2019 en fin de saison sèche, et les fruits étaient plus gros la première fois. Jointes à la bonne structure des fruits et à très faible croissance en hauteur, cette variété apparaît particulièrement intéressante pour servir de parent femelle dans des champs semencier et tester de nouveaux hybrides.

La fiche complète.

Les noix de coco ont des yeux ronds sans orbite marquée et une petite "bouche".

L'un des deux nains rouges de Moorea

Nain Rouge Compact de Moorea

36. Les cocotiers médicinaux dits "oviri" ou "ereere"

Par R. Bourdeix et H Montaron, 2016

En Polynésie, les utilisations du cocotier dans la médecine traditionnelle sont nombreuses, soit en tant que principe actif, soit en tant qu'ingrédient. L'huile, le lait ou l'eau de coco sont alors mélangés à d'autres substances actives.
Pour le cocotier, ces variétés principalement utilisées en médecine traditionnelles sont nommées oviri (sauvage) ou ereere (noir).
Nous avons tout d'abord recherché des informations dans la littérature ancienne. La première description des variétés est sans doute celle du livre « Tahiti au temps anciens » de Teuira Henry, publié en 1848. Ce livre cite 16 types de cocotiers, dont celui nommé oviri, qui se caractérise par un pédoncule (attache du régime) et rachis (nervure principale de la feuille) de couleur vert foncé, et des noix vertes. En 1860 le pharmacien Gilbert Cuzent décrit la variété oviri comme produisant des "fruits noirâtres" mais  n'indique pas de propriétés médicinales. D'autres inventaires des variétés de cocotier ont été réalisés par C. Henry en 1920, par F. B. H Brown en 1931 (pour les Marquises seulement) par R. Millaud en 1954 et par P. Pétard en 1972. C. Henry ne parle pas du cocotier médicinal; Brown se contente de citer une cinquantaine de noms de variétés marquisiennes, sans préciser pour la plupart en quoi elles diffèrent et sans parler de cocotier médicinal. Décrivant le cocotier oviri, Millaud et Pétard parlent simplement de cocotiers à fruits verts; Millaud décrit essentiellement les cocotiers dans les plantations réalisées pour le coprah, là ou les variétés traditionnelles sont mélangées depuis bien longtemps. Paul Pétard écrit que, pour la médecine, c'est presque toujours la variété oviri ou ereere qui est choisie, mais que parfois on utilise aussi des variétés ura ou uteute.

Après avoir consulté la littérature, nous avons voulu observer ces fameux cocotiers médicinaux. Nous avons parcouru de nombreuses iles, certaines en Polynésie Française, d'autres à Tonga, Samoa et Cook. Le résultat de cette enquête a été surprenant. Des anciens et certaines femmes nous ont décrit oviri comme un cocotier produisant de petites noix  d'une couleur verte très sombre, tirant presque sur le gris. En revanche, en Polynésie Française, nous avons constaté que la plupart des gens dénomment actuellement "oviri" n'importe quel cocotier à noix vertes. Lorsque nous avons demandé à voir ces variétés, il nous a été présenté des cocotiers d'une couleur verte moyennement soutenue, et présentant des fruits très variés selon les arbres, fruits ronds, pointus ou ovales, en fait presque toutes les formes existant dans la cocoteraie.
Certains habitants du Fenua ont même affirmé que l'on peut se soigner tout aussi efficacement avec les noix de n'importe quelle variété de cocotier, à condition de descendre manuellement ces noix des arbres sans jamais les jeter à terre. Il est clair qu'en Polynésie, la façon dont on récolte les plantes revêt une grande importance. Mais cela signifie t-il pour autant que toute les variétés de cocotier sont interchangeables?

Alors, cocotiers médicinaux: mythe ou réalité ?

Cocotier médicinal observé à Tonga en 2002
Il se trouve que nous avons aussi étudié ces cocotiers à Tonga. Dans l'île de Tongatapu, nous avons eu la chance d'observer et de photographier le Niu Matakula  un cocotier médicinal très particulier dont certaines caractéristiques correspondent à celles décrites dans les anciens livres. Les photographies de ce cocotier sont reproduites ci-contre. Les noix sont petites, ovales, d'un sombre vert grisâtre très particulier; une partie de l'enveloppe de la noix (bourre) est rouge à l'intérieur. Ce cocotier se féconde parfois lui même ce qui explique qu'il puisse se maintenir en partie, sans se mélanger complètement aux autres variétés.

La tradition polynésienne mentionne un cocotier médicinal qui serait en partie à l’origine du nom de l’île de Niue. Cette île se situe à 2 400 km au nord-est de la Nouvelle-Zélande, au centre d'un triangle formé par les îles Tonga, Samoa et Cook. L’île de Niue a porté successivement plusieurs noms. La tradition mentionne que l'île a été rebaptisée après que le fils d’un chef et sa cour se soient rendus au Samoa à Manu'a, la patrie de leurs ancêtres (voir le livre Haia ! publié en 2010). Là, ils ont été accueillis comme des parents et ils se sont divertis. Lorsqu’ils ont décidé de partir pour Nukututaha, le chef de Manu'a, Moa, leur a donné deux variétés de cocotier spéciales et leur a expliqué les caractéristiques de chacune de ces variétés. À l'arrivée à Nukututaha, le fils du chef a présenté ces noix de coco spéciales et a déclaré: "Ko e Niu è!" (Voici, les noix de coco!). Les semences ont été plantées. La première variété est le pulu niu, la spécialement adaptée à la fabrication de cordes utilisées dans la construction de bâtiments traditionnels et la fabrication des bateaux. L’autre variété serait un cocotier médécinal appelé Niu Tea. L’eau de cette variété, la bourre, les feuilles sont utilisés pour divers usages médicinaux ainsi que pour la boisson et la nourriture. Selon la tradition, l’île aurait été nommée Niue pour marquer l’arrivée de ces deux variétés de cocotier et honorer le souvenir du chef de Manu’a.
Les recherches que nous avons menées au Samoa ne nous ont pas permis d’y retrouver le cocotier appelé dans l’ancien temps Niu Tea. En fait, les chercheurs Samoan pensaient que ce nom désignait un cocotier Nain Rouge importé très récemment de Malaisie ! Même au Samoa, certaines traditions se perdent...

Nous pensons donc qu'il existait dans le passé, au moins une sinon plusieurs variétés de cocotiers médicinaux.  Nous ignorons si ces variétés produisent réellement des molécules spécifiques responsables d'un effet curatif. En revanche, il existait un savoir traditionnel concernant les cocotiers médicinaux;  ce savoir traditionnel s'est progressivement dilué et a été en grande partie perdu. Quelques personnes en Polynésie Française connaissent sans doute encore de vrais cocotiers médicinaux, mais nous n'avons pas encore eu le privilège de les rencontrer.
Découpe de noix pour les photographies

Il est légitime de se demander pourquoi les polynésiens appellent « sauvages » (oviri) certains cocotiers médicinaux. Une hypothèse est que cette variété existait sur des îles, voire même sur une île précise, avant que les Polynésiens viennent s’y installer avec leurs autres variétés de cocotier. Cette hypothèse est difficile a confirmer. Des éléments de réponses sortiront peut-être de l'analyse de l’ADN des cocotiers et de l’étude des traditions orales.
Dans les plantations et les villages, les cocotiers se fécondent librement. Leur pollen voyage avec le vent et les insectes. Si un cocotier oviri est planté à proximité d'autres variétés, ces cocotiers se croisent  naturellement. Ainsi, les variétés se diluent progressivement. Certaines finissent par disparaître. En revanche, si un site isolé est planté uniquement de cocotiers oviri, ceux-ci se féconderont entre eux. Toutes les semences récoltées à cet endroit redonneront des cocotiers oviri.

Que faut-il faire pour sauvegarder les cocotiers médicinaux et les remettre à la disposition de la population du Fenua ?

Il s'agit d'un long processus. Il faudra tout d'abord enquêter auprès des anciens polynésiens, dans les îles les moins touchées par la modernité, afin de retrouver au moins une vingtaine de "vrais" cocotiers médicinaux.  De l'observation de ces cocotiers, on déduira s'il faut considérer une ou plutôt deux variétés de cocotiers médicinaux.
S'il existe une seule variété de cocotier médicinal, il faudra récolter environ deux cent semences et les planter toutes dans un même site, choisi avec soin pour son isolement. Il faut qu'il n'y ait pas d'autre cocotier dans un rayon de 500 mètres autour de ce site. Ce site peut être un petit motu, une presqu'ile, ou une parcelle d'un hectare isolée dans une forêt ou dans une plantation d'autres espèces.
Les cocotiers vont mettre 6 à 8 ans avant de commencer à produire des fruits. Lorsque tous les cocotiers seront en production, il faudra les observer et éliminer ceux qui ne ressemblent pas à des cocotiers médicinaux. Tous les fils ne ressemblent pas à leur père. Il faudra probablement couper la moitié des cocotiers plantés pour ne garder que les "vrais" cocotiers médicinaux.
A partir de ce moment, la Polynésie Française disposera d'une source certifiée de semences de cocotiers médicinaux. Cette source de semences sera utile à bien des égards.  Elle permettra aux habitants du Fenua d'avoir des cocotiers médicinaux dans leurs jardins et de se soigner avec si nécessaire. Des agriculteurs ou des industriels pourront réaliser des plantations de cocotiers médicinaux et en tirer bénéfice. Le respect des traditions peut aller de pair avec la compétitivité économique. Ainsi un Monoï confectionné avec de l'huile de cocotier médicinal, selon les anciennes traditions polynésiennes, aurait un très grand succès d'un point de vue commercial.
Avant d'en arriver à cette rentabilité économique , il faudra une dizaine d'années pour constituer la source de semences, et encore une dizaine d'années pour que les agriculteurs installent les premières plantations de cocotiers médicinaux. Or il est très difficile de trouver des financements pour des projets s'étalant sur 20 ans. La plupart des bailleurs internationaux et des ministères veulent des projets qui se terminent en 4 à 5 ans. Dans le monde actuel, la tendance est de rechercher un bénéfice immédiat et rapide. Personne, ou presque personne, ne veut agir plus pour ses enfants. Et peut-être que les ancêtres polynésiens se retournent dans leur tombes en se demandant ce que sont devenus leurs précieux cocotiers médicinaux...

Ces sujets, ainsi que de nombreuses autres histoires de cocotier, seront discutés au cours de deux conférences publiques qui se tiendront le 12 Avril 2011 à 13 h à la bibliothèque du CRIOBE de Moorea, et le 13 Avril 2011 à 16h30 à l’Amphithéatre de la Chambre de Commerce à Papeete. Ces conférences sont réalisées sous l’égide du Pôle D'innovation Tahiti Fa'ahotu et du Criobe. Pour la conférence de Tahiti, une pré-inscription est requise en téléphonant au 47.27.28 ou envoyant un message électronique à l’une des adresses suivantes : daniel.r@ccism.pf ou hgueguen@tahitifaahotu.pf

Références

2010. Haia ! An Introduction to Vagahau Niue. Teacher’s guide and support materials learning languages serie. Published for the Ministry of Education by CWA New Media, Box 19090, Wellington 6149, New Zealand. ISBN 978 0 478 34123 2. 385 p.
1931. Brown FBH. Flora of southeastern Polynesia. Bishop Museum Bull 84. Honolulu. 121-127.

Autres informations:

Paul Pétard indique que "pour les diverses fumigations destinées aux parties du corps, les anciens marquisiens choisissaient deux longues noix de la variété ehi vevetahi. Dans chacune ils enlevaient le tiers supérieur, contenant les yeux, de façon qu'en disposant les deux noix l'une sur l'autre, les orifices s'ajustassent exactement..."

Extrait trouvé sur Gallica, très ancien :


« Enfin, parmi les coccidées, l'Aspidiotus vastatrix et le  Dactylopius cocotis s'attaquent aux jeunes feuilles, qu'ils  épuisent et font tomber. Il est difficile ici de recommander  les insecticides ordinaires, jus de tabac, bouillie bordelaise,  émulsion de pétrole, etc., car il s'agit de vastes plantations  d'arbres qui ont de 15 à 20 mètres de hauteur. Le seul procédé pratique est donc, peut-être, de détruire par le feu les  arbres fortement infestés. On dit que, à Tahiti, où l'Aspidiotus vastatrix a fait, il y a quelques années, de grands  dégâts, il y a une variété de cocotier (dite oviri) qui résiste  un peu mieux que les autres. »


41. Grand Polynésie à forme de Rennell


L’archipel des Salomon est situé dans l’océan Pacifique, à l’est de la Papouasie-Nouvelle-Guinée. L'île Rennell, à environ 150 km au sud de la capitale Guadalcanal, mesure environ 80 km de long sur 14 de large. Avec sa petite voisine l’île Bellona, Rennell abrite une population polynésienne, alors que les autres îles de l’archipel ont une population mélanésienne. L’île volcanique est presque entièrement bordée de grandes falaises. Au Sud-est, le Lac Tengano constitue le second plus grand atoll surélevé au monde.

Conservation et diffusion

En 1905, la société « Levers Pacific Plantation Limited » s’est installée dans l’archipel et a développé des cocoteraies industrielles. De 1950 à 1970, diverses variétés de cocotier dont le Grand Rennell ont été collectées localement ou importées, en collaboration avec le gouvernement. L’unique endroit ou l’on trouvait cette variété était autour du lac.

Parmi les autres origines du Pacifique, le Grand Rennell s’est révélé comme la variété qui donnait les meilleurs hybrides. Elle a été introduite simultanément en Côte d’Ivoire et en Polynésie dans les années 1960 ?, et a aussi été envoyée par la Société Levers dans plusieurs pays. A la fermeture de Levers, la Côte d’Ivoire le CIRAD (ex IRHO) et le CNRA ont pris le relais et exporté le Rennell dans de nombreux autres pays.

Origine et histoire

Le lac Tengano de l’île Rennell est un atoll surélevé qui abrite 111 îles. Une espèce endémique de serpent venimeux y prospère. La quasi-totalité des îles abritent des cocotiers, un seul à plusieurs centaines par île. Dans le passé, les Polynésiens visitaient fréquemment et habitaient occasionnellement certaines de ces petites îles. Une hypothèse récente est cette fragmentation du paysage a joué un rôle dans la création de la variété Rennell. Chaque île a offert un isolement reproductif partiel, contribuant à la reproduction, à l'obtention et à la conservation de différents types de cocotiers. La variété Rennell a probablement fait son apparition sur l'une des 111 îles du lac Tengano.

Grands voyageurs, les habitants de Rennell sont venus de Wallis et Futuna il y a plus de 500 ans et transitaient par de nombreuses autres îles, dont Rotuma au Fidji et le Nord du Vanuatu. Certains d’entre eux, avec des étapes successives, ont sans doute voyagé jusqu’en Polynésie française. Il existe probablement, dans la cocoteraie du Fenua, un mélange des types variétaux proches du Rennell qui sont venus de Rotuma, de Rennell ou de Wallis.

Comment l’identifier ?

La forme des fruits du « vrai » Grand Rennell reste assez variable, oblongue ou en poire. Les fruits les plus caractéristiques portent à leur bout un téton bien formé. A l’intérieur, la noix est en forme de goutte, pointue du côté de l’attache du fruit. Du côté opposé, la coque de la noix se termine souvent en une sorte de pointe ligneuse qui s’enfonce dans la bourre d’un ou deux centimètres. La couleur des jeunes fruits varie du vert tendre au brun rouge, mais on rencontre parfois des tons orangés, voire jaunes. Les fruits ont une bonne composition, avec une forte proportion d’amande et d’eau libre. L’île Rennell manque cruellement d’eau potable, car celle du lac provoque des intoxications. Les habitants ont peut-être progressivement sélectionné des cocotiers dont les fruits contiennent beaucoup d’eau.

Le stipe du Grand Rennell est massif et débute généralement par un large bulbe basal. Ses feuilles sont relativement courtes alors que la taille du tronc est considérable. Les inflorescences débutant par un très long pédoncule sont larges et lourdes ; elles s’infléchissent rapidement après ouverture.

En Polynésie française, une mission a été organisée à Rangiroa pour retourner à Vahituri, l’ancien site de la collection abandonnée depuis plusieurs décennies, pour tenter de retrouver la variété Grand Rennell importée des Salomon dans les années 1960. Les cocotiers qui ont été identifiés comme potentiels « Rennell » avaient des fruits de la forme caractéristique en poire avec un téton bien marqué.

Quelques îles du lac Tengano de l’île Rennell. © R. Bourdeix, 2018.

Cependant, lorsque ces fruits ont été coupés pour observer la forme de la noix, force est de constater que ces noix ont une forme clairement différente de celle des noix de Rennell. Ceci s’est confirmé à Rangiroa, mais aussi à Bora Bora et sur l’atoll de Tatakoto. Au lieu d’être pointue du coté proximal (celui de l’attache du fruit) elles sont soit rondes soit pointues du coté distal, vers l’extrémité du fruit.

La variété originale Grand Rennell, telle qu’importée dans les années 1960 des îles Salomon, n’a donc pas été retrouvée. Cependant certains des géniteurs identifiés en Polynésie française présentent des caractéristiques exceptionnelles, avec une bourre très fine et une amande épaisse, en particulier sur l’atoll de Tatakoto (représentés par la colonne centrale de quatre fruits sur la photographie de douze fruits). Peut être que ces formes de cocotiers à fruits présentant un téton, typique de Rennell et de Rotuma, ont été importés par les anciens Polynésiens il y a plusieurs décennies, voire plusieurs siècles, avant l’introduction scientifique de 1960.

Production et rendement

A Rangiroa, les fruits matures pesaient entre 1 500 et 17 00 g et contenaient une amande d’environ 450 à 550g. La production du Grand des îles Rennell a été étudiée dans de nombreux pays. La floraison, assez précoce, débute en moyenne 55 à 60 mois après plantation. De 48 à 78 fruits sont produits en moyenne par arbre et par an à l’âge adulte. Le poids du fruit varie de 1 440 g (en Tanzanie) à 1 710 g en Côte d’Ivoire. L’amande pèse entre 490 g (Tanzanie) et 590 g (Thaïlande). Parfois, des fruits vides dits « bananes », se développent sans fécondation. Ils ne contiennent que de la bourre et prennent une forme longue et étroite, bien caractéristique.

De nombreux pays utilisent le Grand Rennell dans leurs programmes d’amélioration génétique du cocotier. Plusieurs de ses hybrides sont diffusés auprès des planteurs. 

Fruits et régimes de Grand Rennell photographiés
dans la collection internationale de Côte d’Ivoire.
© R. Bourdeix, 2005.


En Côte d’Ivoire, son hybride avec le Nain Rouge Cameroun est produit à large échelle. Dans le Pacifique, on préfère son hybride avec le Nain Rouge Malais (Solomon, Samoa, Fidji...), sauf au Vanuatu, où l’hybride entre le Grand du Vanuatu et le Grand Rennell est en cours d’étude. Enfin, les Philippines ont créé, en 1992, la variété composite, mélange complexe de six origines dont l’une est le Grand Rennell.



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Il s'agit d'une variété de cocotier originaires des Salomon, qui a été introduite en Polynésie Française, dans la collection de l'Atoll de Rangiroa, mais qui semble-t-il a été perdue.


42. Les cocotiers Pia à l'amande tendre et gélatineuse

Par R. Bourdeix et Jean Kape, 2012

Ces cocotiers dont l’amande est molle et remplit presque toute la cavité de la noix ont été décrit en Polynésie sous l'apellation  Pia (Millaud, 1954). Il a été signalé récemment au Tuamotu par Jean Kape: il existerait des "Coins à Pia" qui jouent ou jouaient le rôle de conservatoire traditionnel pour la variété. Pour l'instant, nous n'avons pas pu obtenir de localisation précise de ces sites..
Ce type de cocotier est connu en Asie, notamment aux Philippines sous le nom de Makapuno ou Macapuno et en Thaïlande où une célèbre île a été plantée exclusivement de cette variété. En Indonésie il es appelé Kopyor.
En Asie, ces noix particulières sont extrêmement appréciées comme dessert et friandise. Elles se  vendent  plus de cinq à dix fois fois le prix d’une noix de coco normale.
Dans un régime de coco, seule une partie des fruits est « Pia ». Pour replanter ce type de cocotier, il faut prendre comme semences les noix qui ne sont pas « Pia », car les noix « Pia » ne germent pas.

Nous n'avons pas encore pu observé cette variété en Polynésie Française, bien qu'elle ait été signalée par plusieurs personnes, dont Jean Kape qui dit: "il y a des coins à Pia!". Voici des photos de son équivalent variétal, réalisé en Thaïlande.

Équivalent du "Pia"
Photo prise en Thaïlande
Kathi Khao Niao (forme glutineuse)
o
Équivalent du "Pia"
Photo prise en ThaïlandeKathi Khao Chao (non-glutineux)






Comprendre comment se reproduisent les cocotiers

Par R. Bourdeix, 2019.

Souvent les Polynésiens classent les cocotiers en mâles et femelles, et cette classification les aide à sélectionner de bonnes semences.  Cependant les botanistes et les scientifiques considèrent que chaque cocotier est à la fois mâle et femelle. Pour préserver les variétés traditionnelles et créer de nouvelles variétés très performantes, il faut savoir maîtriser la reproduction du cocotier.

Les cocotiers produisent des inflorescences tout au long de l'année. Chaque inflorescence contient à la fois des fleurs femelles et des fleurs mâles. les fleurs males sont tr




La plupart des cocotiers peuvent s'auto féconder, mais les taux d'autofécondation sont très variables selon les variétés et selon les saisons. La plupart des types nains se reproduisent par autofécondation, à l'exception de certain Nain Compacts. Chez les types Grands, au sein d'une inflorescence, la totalité ou la plupart des fleurs mâles mûrissent et tombent avant que les fleurs femelles ne deviennent réceptives. Dans ce cas, le pollen qui féconde un cocotier vient généralement d'un autre cocotier, dont le pollen est apporté par le vent ou par les insectes. Dans ce cas, chaque semence de cocotier provient d'une mère et d'un père, le plus souvent distincts de la mère. Toute la difficulté de la sélection provient de ce que l'on choisit souvent la mère (le cocotier sous lequel on ramasse la semence) mais que l'on ne connait ni ne contrôle le père (pollen apporté par le vent ou les insectes).


Il existe également des possibilités de fertilisation entre deux inflorescences successives sur le même cocotier. Dans ce cas, le pollen de la nouvelle inflorescence fertilisera les fleurs femelles de la précédente inflorescence (Bourdeix  et al., 2015). Ceci est particulièrement fréquents chez les Nains Compacts Polynésiens: en fin de saison sèche, quelques jours après la première grosse pluie, deux inflorescences sortent pratiquement simultanément sur de nombreux cocotiers.

Nain Vert Compact à petit fruits produisant
deux inflorescences presque simultanées
lors d'une sécheresse suivi d'une pluie
Nous avons réalisé un poster sur la biologie de la reproduction du cocotier, dont il existe pour l'instant seulement une version anglaise. Ce poster pourrait être amélioré et traduit en français. 


Références 


Bourdeix R., Konan JL et N'Cho YP, 2005. Cocotier, guide des variétés traditionnelles et améliorées. Montpellier, France, Editions Diversiflora, 104 p.