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Le manuel de gestion et de mitigation des risques pour la filière cocotier dans le Pacifique

Par R. Bourdeix, 2019

Ce manuel sera publié au début de l'année 2020. Comme pour la Stratégie globale du réseau COGENT, Nous avons basé l'élaboration de ce manuel sur une approche participative particulière destinée à impliquer le plus possible les participants. A chaque fois que cela était possible, chaque section du document a été écrite, améliorée et signée par trois à cinq contributeurs provenant d'organisations différentes, de différents secteurs de la filière cocotier, de différents pays ou même de différents continents. En bref il s'agissait de réunir le maximum de diversité  tout en aboutissant à des consensus sur des textes communs. Un premier jet du texte était parfois fourni aux contributeurs qui l’amélioraient. De nombreux contributeurs ont eux même rédigé tous le texte de leur section. Dans tous les cas, les signataires ont approuvé la version finale avant publication. Ainsi, le manuel rassemble 53 contributeurs de 27 pays et territoires, comme suit:

1
Australie
10
Allemagne
19
Papouasie Nouvelle Guinée
2
Belgique
11
Hawai’i
20
Marshall Island
3
Brésil
12
Indonésie
21
Samoa
4
Chine
13
Kiribati
22
Solomons
5
Cook Islands
14
Micronésie FSM
23
Sri Lanka
6
Côte d’Ivoire
15
Nauru
24
Timor leste
7
Fidji
16
Nouvelle Zélande
25
Tonga
8
France
17
Niue
26
Tuvalu
9
Polynésie Française
18
Palau
27
Vanuatu

Ce processus de création a généré 268 interactions uniques entre les 53 contributeurs (en tenant compte du fait que les quatre éditeurs sont connectés à tous les contributeurs). Ce concept "interaction unique" signifie que deux auteurs ont signé ensemble une section du livre, et cela s'est produit 268 fois dans le manuel. Une liste complète des références, section par section, sera finalisée et mise en ligne après l’impression du manuel.



Le manuel décrit quarante risques.
Chaque description suit le même modèle "DOMAT" et rassemble les informations suivantes:

• La catégorie de risque: par exemple «Aléas et changements climatiques»
• Le nom du risque: par exemple  «cyclones, tempêtes tropicales et tsunamis»
• Les contributeurs: par R. Bourdeix, T. Sileye, U. Remudu et O. Smus
D: description
O: occurrence et gravité
M: mitigation (atténuation) et adaptation
A: actions à entreprendre
T: pour en savoir plus

Le tableau ci-dessous liste les quarante risques décrits dans le manuel

Catégories et risques décrits dans le manuel

Risque
Ni-
veau
Gra-
vité
A
Aléas et changements climatiques
1
Cyclones, tempêtes tropicales et tsunamis
1
1
2
Sécheresse
2
2
3
Dégradation des terres par les inondations ou les marées
2
1
4
Changement de température (chaleur et froid) et autres risques climatiques
3
3
B
Ravageurs et maladies
5
Propagation de phytoplasmes (jaunissement mortel)
3
1
6
Propagation de maladies virales (dépérissement foliaire au Vanuatu et Tinangaja à Guam
3
2
7
Propagation de coléoptère Oryctes rhinocéros
1
1
8
Propagation d'acariens (Aceria guerreronis)
3
2
9
Propagation d'autres ravageurs (animaux plus gros)
3
3
10
Transmission de parasites et de maladies par des pépinières publiques ou privées
1
1
11
Transmission internationale de parasites et de maladies
2
1
C
Matériel de plantation
12
Manque de matériel de plantation de qualité et diversifié
1
1
13
Méthode inefficace pour sélectionner les géniteurs dans les plantations
2
2
14
Disparition des variétés traditionnelles
1
2
15
Indisponibilité de matériel végétal certifié organique
3
3
D
Pratiques agricoles
16
Utilisation de techniques agricoles médiocres ou inappropriées
2
2
17
Perte de connaissances et de pratiques agricoles traditionnelles
2
2
18
Peu de connaissances sur les plantes de couverture et indisponibilité de leur semences et de boutures
2
1
19
Pas d'utilisation, pénurie ou coût trop élevé des engrais organiques
2
3
20
Manque de main-d'œuvre agricole
1
2
E
Risques liés à des problèmes d'organisation et de politique agricoles
21
Manque d’investissement privé dans la recherche, la replantation et la valorisation
2
1
22
Modification de la réglementation internationale concernant la qualité de la noix de coco pour l'export
3
2
23
Projets de replantation ne bénéficiant pas aux personnes ciblées
1
1
24
Dysfonctionnement dans les organisations paysannes
2
3
25
Abandon de la culture du cocotier pour remplacement par d’autres cultures ou d’autres formes d'utilisation des terres
1
1
26
Prise de décision avec des informations incomplètes, obsolètes ou erronées
1
1
F
Post-récolte et transformation
27
Récolte tardive et manipulations post-récolte causant des produits de mauvaise qualité
3
2
28
Contamination des produits par les aflatoxines, les bactéries et les produits chimiques
2
2
29
Manque d'appétibilité et de praticité des produits à base de noix de coco
3
2
G
Économie et marketing
30
Fluctuation du prix d'achat des produits du cocotier
1
1
31
Difficulté d'obtenir des prêts pour démarrer ou améliorer une entreprise
2
2
32
Manquer l'activité la plus rentable: l'eau de coco aromatique
2
1
33
Coût inabordable pour la Certification Biologique et Fairtrade
2
3
34
Difficulté d'accès au marché des fermes et îles éloignées
2
3
35
Apport insuffisant, irrégulier ou saisonnier de noix de coco aux usines
3
3
H
Habitudes socio-culturelles
36
Croyances inappropriées concernant la noix de coco et le cocotier
1
2
37
Manque d'informations adaptées et fiables sur l'agriculture et la technologie
2
2
38
Occidentalisation des habitudes alimentaires dans la région du Pacifique
2
2
39
Marginalisation causée par l'adoption d'innovations agricoles
3
2
40
La forte demande des consommateurs pour les produits du cocotier pourrait diminuer et disparaître
3
3



Participants à l'atelier de Nadi, Fidji, en Décembre 2018
pour la formation à la gestion des risques et la conception du manuel

Comprendre la biologie de la reproduction du cocotier

Par R. Bourdeix, 2019.

Du point de vue du botaniste, les cocotiers sont tous bisexuels (en même temps femelle et mâles). Ils produisent des inflorescences tout au long de l'année. Chaque inflorescence contient à la fois des fleurs femelles et des fleurs mâles.


La plupart des cocotiers peuvent s'auto féconder, mais les taux d'autofécondation sont très variables selon les variétés et selon les saisons. La plupart des types nains se reproduisent par autofécondation, à l'exception de certain Nain Compacts. Chez les types Grands, au sein d'une inflorescence, la totalité ou la plupart des fleurs mâles mûrissent et tombent avant que les fleurs femelles ne deviennent réceptives. Dans ce cas, le pollen qui féconde un cocotier vient généralement d'un autre cocotier, dont le pollen est apporté par le vent ou par les insectes. Dans ce cas, chaque semence de cocotier provient d'une mère et d'un père, le plus souvent distincts de la mère. Toute la difficulté de la sélection provient de ce que l'on choisit souvent la mère (le cocotier sous lequel on ramasse la semence) mais que l'on ne connait ni ne contrôle le père (pollen apporté par le vent ou les insectes).


Il existe également des possibilités de fertilisation entre deux inflorescences successives sur le même cocotier. Dans ce cas, le pollen de la nouvelle inflorescence fertilisera les fleurs femelles de la précédente inflorescence (Bourdeix  et al., 2015). Ceci est particulièrement fréquents chez les Nains Compacts Polynésiens: en fin de saison sèche, quelques jours après la première grosse pluie, deux inflorescences sortent pratiquement simultanément sur de nombreux cocotiers.

Nain Vert Compact à petit fruits produisant
deux inflorescences presque simultanées
lors d'une sécheresse suivi d'une pluie
Nous avons réalisé un poster sur la biologie de la reproduction du cocotier, dont il existe pour l'instant seulement une version anglaise. Ce poster pourrait être amélioré et traduit en français. 


Références 
Bourdeix R., Konan JL et N'Cho YP, 2005. Cocotier, guide des variétés traditionnelles et améliorées. Montpellier, France, Editions Diversiflora, 104 p.






Méthodes Polynésiennes traditionnelles de sélection

Par R. Bourdeix et T. Mataora, 2019

Parmi les savoirs traditionnels, les Polynésiens classifient les noix de coco et les cocotiers en tant que femelle et mâle selon quatre systèmes de classification distincts. Ces quatre classifications polynésiennes femelle/mâle ne correspondent pas à la «réalité botanique» des scientifiques. Ces derniers considèrent que les cocotiers à la fois mâle et femelles. Néanmoins, ces méthodes semblent efficaces et utiles dans le sens où elles permettent aux agriculteurs et jardiniers Polynésiens de sélectionner meilleurs cocotiers. 

Deux classifications femelle/mâle sont liées au mode de germination des fruits; un troisième classification est liées à la forme des fruits; et la dernière des quatre à l'aspect général du cocotier.. Les «femelles» sont toujours préférées aux «mâles» comme matériel de plantation.

La première classification est liée à la façon dont le germe émerge de la bourre lors de la germination (Fig. 1). Si  le germe émerge de la place occupée à l'origine par le pédoncule, le fruit est appelé «femelle». Si le germe émerge ailleurs, le fruit est appelé «mâle». Notre première observation tend à indiquer que les fruits qui germent selon la classification traditionnelle "«femelle» ont une bourre plus fine et une noix de coco plus grosse à l'intérieur, de sorte que la germe peut facilement émerger à travers l'enveloppe au niveau du pédoncule. Cela pourrait être vérifié plus précisément en réalisant une expérience scientifique comparant la taille et la composition de ces fruits «femelles» et «mâles» après les avoir semés en pépinière. Ceci ne peut pas être appliqué à des variétés telles que Niu afa à Samoa, Niu Kafa à Tonga ou Magi Magi à Fidji, qui ont des bourres très épaisses et germent d'ailleurs toutes comme des "mâles."



Figure 1. Première classification femelle/mâle pour les semences,
liée à la façon dont le germe émerge de la bourre.
A gauche, femelle.
La deuxième représentation est utilisée lorsque les semis sont âgés de un à deux mois en pépinière (figure 2). Les plantules ayant des premières grandes feuilles larges et oblongues sont dites «femelles». Les plantules dont les premières feuilles sont longues et étroites sont dites «mâles». La variation dans la forme des feuilles pourrait provenir de différences génétiques entre les plantules. Le cocotier a un système de reproduction intermédiaire. La plupart des fruits proviennent du croisement entre deux cocotiers. Certains des fruits proviennent de l'auto-fécondation du palmier  mère et, en raison d'une dépression de consanguinité, les cocotiers ainsi obtenus sont souvent chétifs et produisent en moyenne 20 à 30% de moins.Dans ce cas, en sélectionnant les «femelles» et en éliminant les plants chétifs, il est possible que les Polynésiens réussissent à supprimer en Pépinière une partie des plants consanguins issus d'autofécondation.

Figure 2. Seconde représentation femelle/mâle.
A gauche, la femelle.
La troisième classification femelle/mâle femmes concerne l’aspect général des cocotiers adultes. Un palmier fécond et productif, produisant de nombreuses noix de coco est appelé «femelle». Les palmiers produisant peu ou pas de noix de coco sont appelés «mâles».

La quatrième classification est liée à la forme de la partie distale de la bourre du fruit (Figure 3). Si cette extrémité est pointée  avec un petit mamelon, les Polynésiens classeront le fruit dans la catégorie «mâle». Si les 3 protubérances se terminent par une concavité, le fruit sera appelé «femelle». Trois informateurs de différentes îles ont expliqué qu'il est beaucoup plus facile de retirer la bourre de ces fruits «femelles» plutôt que des fruits «mâles». Pendant les festivals traditionnels polynésiens, des compétitions sont organisée sur la rapidité de débourrage des noix. À Aratika, nous avons rencontré un gagnant de ces compétitions. Il nous a dit qu'il avait gagné parce qu'il avait été en mesure de sélectionner les noix «femelles» dans le tas des fruits disponibles pour les participants. Il nous a également dit que la règle de ces compétitions avait été récemment modifiée. De nos jours, les participants ne choisissent plus les fruits pour enlever la bourre. Chacun d’entre eux reçoit un lot séparé de noix choisies au hasard.


Figure 3. Quatrième classification femelle/mâle des noix, 
selon la forme de la partie distale de la bourre du fruit.
 À gauche: femelle; à droite: mâle.

Cette étude préliminaire devrait être complétée par des expériences scientifiques en pépinière et des analyses ADN qui seules permettront de quantifier précisément l'efficacité des critères de sélection polynésiens. L'engagement des institutions Polynésiennes et la mise à disposition de budgets adaptés serait nécessaires pour mener ces études supplémentaires.

En Polynésie, la plupart des agriculteurs et des jardiniers ont fait l'expérience de récolter une semence sur un cocotier sélectionné dans un but spécifique (rendement élevé, eau de coco sucrée, gros fruits..); et d'obtenir des des caractéristiques différentes, souvent moins favorables, dans la descendance. La plupart des agriculteurs le constatent, mais ne l'expliquent pas, il ne savent pas pourquoi cela se produit. Une partie de l'explication est qu'ils ont choisit le palmier maternel (la mère de la semence), mais ils n'on pas choisi le palmier paternel (le père de la semence). Comme les cocotiers de type Grand sont principalement allogames, le pollen provient principalement d'un parent masculin inconnu qui transmet des caractéristiques indésirables à sa descendance. Pour mieux comprendre ce sujet, il vaut mieux lire tout d’abord la section consacrée à la compréhension de la biologie de la reproduction du cocotier.

Dans la région du Pacifique, les connaissances techniques des producteurs de noix de coco en matière de biologie de la noix de coco restent faibles. Par exemple, en Polynésie française, parmi les 93 producteurs de noix de coco et les producteurs interrogés dans sept îles, 80% ne savaient pas que l'inflorescence d'un cocotier avait à la fois des fleurs femelles et des fleurs mâles. Cela pourrait  provenir d'une incompatibilité entre les représentations traditionnelles femelle/mâle et les connaissances botaniques. Mais cela semble peu probable, car la situation est souvent similaire dans d'autres pays tropicaux qui n'utilisent pas ces typologies traditionnelles de type femelle/mâle.

Ci dessous est présenté un un court film sur la méthode utilisée par un vieil agriculteur sur l'île d'Atiu, dans l'archipel de Cook. ce film semble important pour deux raisons:

Il s'agit du premier cas documenté en Polynésie où un agriculteur plantent de nombreux cocotiers et élimine les moins productifs. La plupart des agriculteurs du Pacifique sont généralement très conservateurs et, une fois qu'un cocotier est planté, ils le conservent longtemps, que ce soit un bon ou un mauvais producteur. En plaisantant, on pourrait dire que la plupart de ces agriculteurs considèrent presque ces cocotiers comme des membres de leur famille. Ce film montre donc que, au moins dans certains cas, les agriculteurs appliquent traditionnellement une des techniques récemment recommandée sur notre site Web: planter plus de cocotiers et éliminer ceux qui ne produisent pas bien.
Nous avons été aussi surpris de voir que cet agriculteur applique les critères de sélection des fruits similaires à ceux récemment développés dans la méthode que nous proposons. Dans une des scènes, le producteur élimine les plus gros fruits et ne conserve que ceux ayant une bourre mince et une grosse noix à l'intérieur. Notre méthode est donc bien liée à certaines pratiques traditionnelles, découvertes à Atiu, dans les Îles Cook. Ceci agréable et rassurant, car nous ne connaissions pas ce lien avec des pratiques traditionnelles au moment où nous avons développé notre méthode.

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Production et vente de cœurs de cocotiers


Si elle est bien organisée, la vente de cœurs de cocotiers (Chou coco ou salade du millionnaire) permet de couvrir en grande partie les coûts d’abattage des cocotiers séniles et de replantation de jeunes. 
Le cœur de cocotier est constitué des organes les plus jeunes du cocotier, proches de l'apex de la tige: bourgeon terminal, les primordia de la feuille, les plus jeunes feuilles pliées et les tissus supérieurs de la tige. Il est considéré comme un mets délicat, plus sucré et plus nutritif que le cœur des autres espèces de palmiers (Haynes et McLaughlin, 2000). Comme il ne peut être obtenu qu'en tuant la plante, on l'appelle aussi «salade de millionnaire». Il peut être consommé frais ou cuit avec un large éventail de sauces et de vinaigrettes, ou mariné avant d'être mis en conserve. Il est riche en calcium, phosphore, b-carotène et pauvre en graisses
Coeur de cocotier- le produit commercial est au milieu
Aux Samoa , les gens ne sont pas habitués à manger le cœur de cocotier, alors que dans d’autres pays ou territoires, comme par exemple l'île de la Réunion, ces cœurs sont vendus à plus de 80 USD. Il a donc été proposé d'extraire 5 cœurs de cocotier dans une vieille plantation sénile (Westec) et de les apporter comme échantillon aux cinq plus grands hôtels d'Upolu. 
Sur l'île Maurice, il existe une entreprise qui cultive le cocotier pour ses coeurs, mais nous pensons que cette solution n'est pas adaptée pour l'instant aux territoire français, ou il y a assez de cocotiers séniles pour satisfaire la demande. Si les Tuamotu arrivent à exporter du poisson vers Tahiti, il devrait pouvoir faire de même avec des coeurs de cocotier.






La vidéo suivante illustre la technique pour extraire le coeur du tronc et de la couronne foliaire du cocotier.
























Dans l’océan Indien, les gens n'hésitent pas parfois à tuer de jeunes cocotiers pour déguster ou vendre les cœurs, mais ceci est à déconseiller. 













Les restaurants les plus luxueux, tels que "La cristallerie" à Luxembourg , n'hésitent pas à associer le cœur du cocotier aux mets les plus chers, comme le caviar ou la chair de la pince du crabe royal. Voici l'une de leurs recettes.























Références






Jean-Pierre Labouisse, Tiata Sileye, Alexia Prades, Xavier Bonnot et André Rouzière. Amélioration de la production de cœur de cocotier au Vanuatu: premiers résultats expérimentaux. Rapport interne du Cirad. 


Haynes, J., McLaughlin, J., 2000. Palmiers comestibles et leurs utilisations. Fiche d'information sur l'extension MDCE-00-50-1. Miami, Université de Floride. Institut des sciences de l'alimentation et de l'agriculture.


Tables de composition des aliments consommés en Thaïlande (1999), Institute of Nutrition, Université de Mahidol (INMU), Thaïlande


Comment gérer les cocotiers vieux et improductifs, et contrôler les Oryctes ?

Par R. Bourdeix, 2019, en construction (version provisoire)

Voir aussi:
Valorisation du bois de coco issu de palmiers séniles . Deux récents projets de l'ACIAR ont mis au point de nouvelles méthodes pour générer des revenus à partir de vieux troncs de palmiers et faciliter le processus de replantation. 
La vente de cœurs de cocotier (salade de chou coco ou salade du millionnaire) aux hôtels de luxe et à d'autres structures touristiques peut largement couvrir les coûts d'abattage de cocotiers séniles et de replantation de jeunes palmiers. Dans les meilleurs restaurants gastronomiques français, le caviar est parfois servi avec un cœur de noix de coco ...

Comment tuer des cocotiers vieux et improductifs de manière organique? 

Malheureusement, nous n'avons pas encore de réponse complète à cette question. Selon notre avis d’expert, des recherches seraient nécessaire sur ce point précis:
Trouver un produit abordable - et de préférence biologique - qui, une fois injecté dans le tronc des cocotiers séniles, aura quatre effets, par ordre de priorité: 1) ne menace pas la santé humaine (par exemple, si les enfants consomment les noix de palmiers traités) ; 2) empêcher la prolifération des oryctes dans le tronc; 3) tuer le cocotier, 4) préserver et traiter le bois pour une utilisation future.
Beaucoup de bio-produits pourraient être testés pour tenter d'atteindre ces objectifs: produits de traitement du bois, bio-insecticides et fongicides. Le chlore commercial (eau de Javel) pourrait aussi être testé. L’expérience en champ pourrait consister à tester 10 produits différents, chacun sur 10 cocotiers différents, choisis au hasard dans une plantation ou les Oryctes sont actifs. Une telle expérience pourrait être mise en œuvre avec un budget abordable - probablement de 5 000 à 10 000 USD par pays. Il pourrait être intéressant de la réaliser simultanément dans plusieurs pays ou territoires, puis de comparer les résultats. 
Il existe plusieurs solutions non organiques. Dans le Forum cocotier Google, le Dr Ismail Khairol Bin (Malaisie) a proposé en 2018 une méthode chimique consistant à percer des trous dans les troncs, à injecter des pesticides/désherbants (tels que le paraquat ou le glyphosate) et à fermer les trous. Les  cocotiers vont mourir lentement. Quelques moi plus tard, il faut mieux couper les arbres pour éviter la chute incontrolée et dangereuse des troncs pourris. Les cocotiers peuvent aussi être empoisonnées en injectant 50 ml d'une solution pure de méthylarsonate de monosodium (MSMA) dans le tronc de chaque palmier (Biberson et Duhamel, 1987).
Ferula assafoetida

Si nous voulons aboutir au même résultat de façon organique, nous devrons remplacer les produits chimiques par des produits bio. La littérature indique qu'un mélange de savon et de vinaigre blanc aide parfois à tuer les mauvaises herbes, mais cela n'a pas encore été testé par injection dans des troncs de cocotiers. Les gens utilisent aussi souvent le sel pour détruire les mauvaises herbes et les arbres, mais cette méthode ne fonctionnera pas dans notre cas car les cocotiers sont l’une des plantes les plus tolérantes au sel, poussant même sur les plages sablonneuses et salées.
Si le bois de coco est destiné à être utilisé autrement que comme combustible, il serait intéressant de trouver un produit biologique qui traite le bois et le protège des moisissures et des champignons. En outre, laisser les troncs de cocotier sur la plantation peut être risqué dans les zones où les insectes Oryctes provoquent des dégâts importants. L’idéal serait donc d’utiliser un produit biologique qui empêche les Oryctes d’attaquer les vieux troncs.
Le Dr V. Niral, de l'ICAR-Institut de recherche sur les cultures de plantation au centre en Inde, a récemment expliqué qu'il devrait être possible de percer le tronc des cocotiers de boucher les trous avec des extraits ou un broyat de la plante  plante Ferula assafoetida. Le cocotier devrait mourir lentement. Quelle que soit la méthode de destruction, il est vivement conseillé d'éviter que des enfants viennent, volent et mangent les fruits contaminés par les produits de traitement.

Autres idées concernant les Oryctes 


  • Piéger et utiliser les Oryctes en enfermant les troncs dans un espace clos, et nourrir des poulets ou des porcs avec ces insectes. Cela pourrait être testé dans de grandes plantations ou dans des communautés d'agriculteurs. Avec des parpaings et du ciment, construisez des murs délimitant un espace intérieur rectangulaire d'au moins 3 m x 1,50 m et d'une hauteur de 1,50 m. Pendant la construction, creusez le sol sous l'emplacement futur des des murs sur environ 30 cm de manière à ce que les murs commencent assez profondément dans le sol. Couvrez avec un système de grillage suffisamment fin pour empêcher les Oryctes de sortir, mais avec des systèmes de trappes leur permettant de pénétrer. Placez les troncs de cocotier et autres déchets dans cet espace fermé. Introduisez sporadiquement des poulets ou des porcs pour détruire ou réduire la population d’Oryctes . 
  • Utiliser et vendre des oryctes destinés à l'alimentation des animaux et à d'autres utilisations (à des fins médicinales, chimiques). Selon Makkar et al. (2014), les teneurs en protéines brutes de la farine d'insecte sont élevées: 42–63%; les teneurs en acides aminés essentiels et la digestibilité des protéines des farines d'insectes sont élevées; Le goût de ces aliments de substitution pour les animaux est bon. Ils peuvent remplacer 25 à 100% de la farine de soja ou de la farine de poisson selon les espèces animales. Une étude bibliographique complète est nécessaire pour évaluer la valeur commerciale des Oryctes en tant qu'aliments pour animaux et produits de base pour l'extraction de produits chimiques. Aux Îles Salomon, une plantation de palmiers à huile unique a permis de récolter jusqu'à 15 tonnes d'Oryctes en un mois . Selon l’expertise, en tenant compte de la teneur en protéines, un kg d’Oryctes devrait être évalué à au moins 1 USD. Ainsi, 15 tonnes d'Oryctes représenteraient une valeur marchande minimale d'au moins 15 000 USD ... 

Références 

Makkar, HP, G. Tran, V. Heuzé et P. Ankers (2014). Etat des techniques d'utilisation d'insectes pour l'alimentation animale. Science et technologie de l'alimentation animale, 197, 1-33. 
Biberson, O. et Duhamel, G. (1987). Empoisonnement des cocotier avec le MSMA (méthylarsonate monosodique). Oleagineux (France).
Ollivier, J., W. Akus, L. Beaudoin-Ollivier, X. Bonneau et T., Kakul (2001). Stratégie de replantation pour les anciennes plantations de cocotiers en Papouasie-Nouvelle-Guinée. Oléagineux, Corps gras, Lipides, 8 (6), 659-665.
Les autorités australiennes ont interdit à professeur d'empoisonner les cocotiers sur les plages du Queensland.