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25. Grand Polynésie à noix cornues (horned coconut)

Par R. Bourdeix, Jean Kape et Dominique Petras, 2012 et 2019

Conservation et diffusion

Les cocotiers à cornes constituent une rare curiosité botanique. En Polynésie française, on en trouve parfois un à deux exemplaires par atoll ou île, notamment à Bora Bora, Fakahina, Taha’a, Tatakoto et Tetiaroa. Ces curiosités se rencontrent aussi dans d’autres pays, notamment le Sri Lanka et l’Inde. Des cocotiers à corne originaires des îles Andamans ont récemment été plantés dans la Collection Internationale pour l’Asie du Sud-Est, à Kidu dans l’état du Karnataka. La photo de l’inflorescence présentée dans la planche ci-contre a d’ailleurs été prise en Inde par le Dr B.A. Jerard ; les cocotiers observés en Polynésie française étaient trop âgés et hauts pour réaliser une photographie similaire. Toutes les autres photographies de la planche ont été réalisées au Fenua. Celle de la photographie ovale provient du livre publiés par l’association culturelle Te Reo o te Tuamotu.

Origine et histoire

Il semble que la première description de cocotiers dit "à corne" date de 1924 et a été réalisée au Sri Lanka (Petch, 1924). En 1965, le Pr T.S. Davis a indiqué que cette caractéristique se retrouvait parfois chez d’autres espèces de palmier et a proposé quatre théories botaniques et mécanismes qui pourraient provoquer l’apparition des cornes.

Comment l’identifier ?

Les diverses photographies de noix de cocotiers dits "à corne" que nous avons pu trouver ou réaliser par nous-même montrent des morphologies diverses. Il n'existe pas un seul type de cocotier à corne, mais plusieurs types qui se distinguent par des cornes plus ou moins longues, plus ou moins épaisses ou plus ou moins courbées. Par ailleurs, certains fruits produits par des cocotiers dits « à cornes » n’ont parfois pas de cornes, et tous n’ont pas le même nombre de cornes. Le nombre de cornes varie généralement de zéro à trois par fruit. Certains cultivateurs des Tuamotus ont évoqué des noix à quatre cornes, mais nous n’avons jamais pu les observer. En revanche la disposition des « trois yeux » des noix n’a rien de particulier et se rapproche de celle des variétés de cocotier Grands les plus communes.

Production et rendement

Les cocotiers à cornes sont généralement assez peu productifs, de l’ordre de 30 à 60 fruits par an. La taille des fruits et des noix est variable selon les individus, avec une quantité d’amande d’environ 200 à 400 g par fruit, les amandes les plus légères ayant été observés à Taha’a et Bora Bora.

Références

Association culturelle Te Reo o te Tuamotu.(2005). Le cocotier aux Tuamotu. Editions Haere Po, Tahiti, 198 p.

Petch, T. (1924) A horned coconut. Yearbook DoA, Ceylon pp 20-21.

Davis, T. S. (1965). Addition to the theories on the morphology of horns in coconut fruits.

Jerard, B. A., Niral, V., Dhanapal, R., Damodaran, V., Arunachalam, V., Rajesh, M. K., ... & Thomas, G. V. (2014). IND 221–Andaman Horned Cocos (IC0598221; INGR13063), a Coconut (Cocos nucifera) Germplasm with Distinct Character of Horny Nuts. Indian Journal of Plant Genetic Resources, 27(1), 76-77.



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Il semble que la première description de cocotiers dit "à corne" date de 1924 et a été réalisée au Sri Lanka (Petch, 1924). Nous n'avons pas pu obtenir cet article pour l'instant.
Les diverses photographies de noix de cocotiers dits "à corne" que nous avons pu trouver ou réaliser par nous-même montrent des morphologies très diverses. Il n'existe donc pas un seul type de cocotier à corne, mais plusieurs types qui se distinguent par des cornes plus ou moins longues, plus ou moins épaisses et plus ou moins courbées.



Le cocotier à corne photographié par Jean Kape



Cocotier à corne de l'atoll de Tetiaroa, donné à R. Bourdeix
par Teihotu Brando en 2006

Cocotier à corne "Cabri"de Bora Bora
appartenant à Mme Dominique Petras 


Avancées récentes du projet Polymotu

Le concept Polymotu consiste à utiliser l’isolement géographique de certains sites privilégiés pour conserver et reproduire des variétés de plantes et d’arbres, voire des espèces animales. Au cours des années 2010 et 2011, le concept Polymotu s'est developpé et enrichi. Ces évolutions récentes, qui ouvrent de nouvelles perspectives, se déclinent en quatre principaux points :
1) La possibilité de planter plusieurs variétés de cocotier sur un seul site de conservation. Des semences de ces variétés et leurs hybrides peuvent être produites sur le même site par pollinisation naturelle. La distinction entre semences s’opère en pépinière grâce à des marqueurs phénotypiques comme la couleur du germe. Ceci révolutionne la politique de production de semences. Par exemple en Polynésie Française un seul hybride, d’ailleurs mal accepté, est vulgarisé. L’implémentation de Polymotu permettra la production délocalisée d’une vingtaine d’hybrides en sus des variétés conservées. L’appropriation de ces hybrides par les communautés locales sera facilitée par le voisinage des sites de conservation.
2) Le projet focalise moins sur les îles et s’intègre dans une politique de gestion multifonctionnelle du territoire. Les différents acteurs, tant publics que privés, plantent des cocotiers en permanence ; ces plantations peuvent être orientées afin de mieux prendre en compte la diversité de l’espèce et les critères d’isolation requis pour la conservation. Des sites de conservation très divers sont envisageables : ilots publics ou privés, mais aussi parcs publics et monuments, jardins d’hôtels ou de lieux publics, golfs, plantations d’autres cultures pérennes, fonds de petites vallées. Même certains petits villages dans leur globalité peuvent server de site de conservation si les habitants s’accordent à ne planter qu’un portefeuille variétal précis.
3) Le projet prévoit d’intégrer la diversité variétale dans le tissu culturel. Par exemple, en Polynésie Française, les grandes fêtes incluent déjà des aspects liés aux cocotiers comme des concours de grimper, des concours de vitesse de décoquage. En revanche ces manifestations ne prennent pas en compte la diversité variétale de l’espèce. Nous proposons d’inclure des concours variétaux (par exemple : prix de la plus grosse noix, prix du meilleur Kaipoa vert, prix du meilleur cocotier médicinal). Ces concours, dotés de prix, permettront de diffuser les savoirs et d’obtenir certaines des semences nécessaires pour la plantation des sites de conservation.
4) Pour des raisons économiques et techniques, le concept de Polymotu monte en puissance dans la stratégie globale de conservation du cocotier définie au niveau mondial par le Réseau International COGENT des ressources génétiques du cocotier. Le principal facteur limitant de la conservation réside de la lourdeur et le cout prohibitif des fécondations contrôlées. De nombreux pays n’ont pas les moyens de maintenir le laboratoire et le personnel nécessaires à la réalisation de ces fécondations. C’est par exemple le cas à Fidji, Samoa, Tonga, au Vietnam, etc. Pour les grandes collections internationales, les Philippines ont récemment dupliqués des accessions en pollinisation libre selon des conditions d’isolation à mon avis douteuses voire inexistantes. L’Indonésie fait de même. Le Brésil s’apprête à en faire autant, recourant d’ailleurs à du matériel conservé par une société privée plutôt qu’aux accessions déjà disponibles dans la collection étatique.
Dans les collections classiques, la durée de vie des accessions, à l'exception des variétés naines, se limite à 25 à 30 ans. A cet âge, la plupart des cocotiers atteignent 15 m de haut ou plus. Les accessions doivent être renouvelées avant que les inflorescences ne deviennent inaccessibles[1]. Le renouvellement d’une accession nécessite d’escalader environ 75 cocotier, chacun environ 15 à 20 fois[2]. La production des 200 semences nécessaires à la duplication d'une accession demande un an et demi et coûte plus de 2000 USD. Seuls les scientifiques disposant de budgets conséquents peuvent acquérir des semences dans les collections classiques. Les agriculteurs n'en ont pas les moyens.
Alternativement, les cocotiers peuvent être plantés en isolement géographique et reproductif. Les contraintes liées à la hauteur et l'âge des palmiers sont alors supprimées. Les accessions peuvent alors être conservées 75 à 100 ans. Au lieu de monter les cocotiers, les noix tombées naturellement au sol fournissent des des semences certifiées et bon marché. Les cocotiers morts peuvent être remplacés sans qu’il soit nécessaire d’abattre ceux qui restent, comme cela se produit dans les collections classiques. Le triplement de la durée de vie des accessions représente une économie considérable de temps, de main-d’œuvre et d'argent. Les semences deviennent abordables pour les agriculteurs.
En Polynésie, divers partenaires privés et public ont exprimé leur intérêt pour mettre en place des unités de conservation et de production de semences : l’association Tetiaroa conservation, le Lycée agricole de Moorea, le Jardin Botanique de Tahiti, le Service du Développement Rural de Tahaa, le Sinalei Resort à Samoa…Il reste maintenant à trouver le cadre formel pour mettre en œuvre un projet global.


[1] En fait de nombreuses accessions conservées dans de nombreux pays ont déjà dépassé une hauteur de 15 mètres dans avoir été renouvelées, ce qui pose des problèmes sérieux.
[2] En Côte d'Ivoire, les techniciens utilisent de coûteuses échelles triples qui atteignent une hauteur de 14 mètres. Dans d’autres pays, comme l'Inde ou l'Indonésie, les palmiers sont montés surtout manuellement, ce qui est risqué. Pour reproduire une accession, les pollinisations contrôlées sont mises en œuvre sur une période de 6 mois; les semences matures sont récoltés un an plus tard, également sur une période de 6 mois. L’ancienne accession est alors abattue et remplacée par la nouvelle..

Les cocotiers Nains Compacts Rouges


Le nain rouge compact est une variété extrêmement rare.
Pour l'instant seulement trois ou peut être quatre pieds de cette variété ont été recensés en Polynésie Française. Cette variété aura pourtant une importance considérable dans le futur. En effet, cette variété conjugue un régime de production allogame (voir ci dessous) avec l'existence de marqueurs de couleur qui facilitent grandement la production d'hybrides.



















Nous avons identifié seulement deux pieds à Moorea, qui seraient originaires d'un cocotier de Raiatea que nous n'avons pas encore pu observer. L'information nous a été fournie par Mme Maria Tautu, à Moorea, non loin du port. Il existe aussi un cocotier similaire à Bora Bora qui nous a été signalé par Mme Dominique Petras. Selon ses propriétaires, il proviendrait d'un cocotier planté à Tahiti, introduit des îles Cook dans les années 1980, et qui a été détruit depuis.

L'aspect du stipe et des feuilles est similaire à celui des nains compacts verts et bruns, plus communs. En revanche, les fruits sont ronds et gros, d'une éclatante couleur rouge-orangée; lorsque l'on ouvre un jeune fruit, l'intérieur de la bourre (enveloppe de la noix) présente une couleur rose soutenue.


Il est facile de faire la différence avec les autres variétés de nains rouges presentes en Polynésie Française. Comparé au Haari Papua et au Nain Rouge Malaisie, les fruits sont beaucoup plus gros et ronds et le stipe plus épais. En outre le Nain Rouge Malaisie, d'ailleurs rare au Fenua, ne possède pas la couleur rose interne des jeunes fruits.

L'allogamie signifie que cette variété se croise préférentiellement avec les cocotiers qui l'entourent, à l'opposé de l'autogamie qui signifie que le cocotier se féconde lui même, comme c'est le cas par exemple du Nain Rouge de Malaisie ou des nains Haari Papua.

Nain Rouge de Bora Bora


Cette variété devrait réduire le coût de la production de semences hybrides. En effet, on peut planter en mélange des nains rouges compacts et une autre variété de cocotier de couleur verte (nain ou grand). Alors les semences récoltées qui, lors de la germination, présenteront un germe de couleur brune seront des hybrides naturels entre le nain rouge compact et la variété verte.

Lors de missions conduite en 2012 à Fidji, nous avons observé un grand nombre de cocotier de ce type, avec des formes et des couleurs de fruits très variables, ce qui indique que plusieurs variétés de ce type existent.